Entre chapitre Un et Deux
Des fenètres des grandes tours grises émanent des lueurs bleuâtres. En bas quelques ombres s'affairent dans les rues mal éclairées.
Des milliers, des centaines de milliers de fenêtres, et partout ou presque la même lumière, froide, pale et à l'intensité oscillante, filtre à travers des vitres couvertes de la poussière sombre que la ville souffle dans son agonie.
A l'intérieur, dans des chambres ou des salons aux meubles couverts de linceuls qui furent transparents avant de se charger eux aussi de poussière, sont les sources de ces lumières.
Des milliers, des centaines de milliers de sarcophages de verre, remplis d'un liquide d'un bleu phosphorescent parcouru de scintillements électriques.
Recouvrant comme une chape ces prisons, ou adossés à elles, des cubes à l'arête parfaite, de métal brillant ou à l'enveloppe grise, plongent leurs caoutchouteuses tentacules dans les bains.
Certaines sont de larges tuyaux se gonflant parfois de substances mystérieuses, d'autres ne sont que des fils à peine visibles, se terminant par une ventouse plate.
Toutes aboutissent aux corps des dormeurs, masses sombres qui tressaillent parfois au fond de leurs sarcophages, agitant leurs doigts, remuant leurs pieds, au rythme de leur rêve.
Des milliers, des centaines de milliers de ces tas d'organes inutiles, dormeurs qui ne dorment même pas. Si l'on soulevait les tentacules qui semblent s'enfoncer dans leurs yeux, on les trouverait grands ouverts.
Quelque part, dans une chambre semblable à tant d'autres, l'un d'eux est agité de spasmes, jusqu'à toucher l'une des parois de verre. Le cube à coté de lui ronronne, faisant cligner un instant sur sa face ce qui ressemble à des yeux, aussi lumineux que minuscules, un rouge et un blanc. Le liquide bleu se met à bouillonner, se chargeant de bulles d'oxygène. Puis tout revient au calme. Seuls les doigts du dormeur continuent à s'agiter.
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