Réchauffement (un petit retour au réel entre deux pillules bleues)
N'en déplaise aux dénonciateurs d'un "complot réchauffiste" qui pullulent sur le net, la fonte de la banquise a cette année atteint un nouveau record. Ce qui tendrait à laisser croire que le problème du réchauffement climatique n'a pas disparu en même temps que l'attention médiatique et politique qui l'entourait voici quelques années.
Ô suprise, il ne suffirait donc pas d'ignorer superbement un problème pour qu'il se résolve. Si ça se trouve dans ce cas même la crise financière (je parle de la vraie, celle dont la source est un volume d'argent virtuel en circulation estimé à plus de 800 fois la valeur totale des biens négociables réellement détenus par l'homme, pas de la pseudo crise liée à l'endettement tout virtuel des états) ne trouvera pas de solution.
Toujours est-il, pour en revenir au réchauffement climatique, qu'on est, pour parler cru, vraiment dans la merde (et ce "on" n'englobe pas que l'espèce humaine -qui l'a bien cherché-, mais l'ensemble de la vie sur terre). Non seulement les scénarios d'évolution avalisés par le GIEC n'étaient pas pessimistes comme le lobby des états pétroliers a tenté de le faire croire à une époque, mais on est en train d'entrer dans une spirale où le dérèglement du climat et ses conséquences ne peuvent qu'aller bien au delà de tout ce qui était il y a 4 ou 5 ans prévisible.
La banquise qui disparait plus vite que prévu c'est moins de réverbération des rayons solaires, et donc un réchauffement global des océans qui risque bien d'être lui aussi très au delà des prévisions. Or de l'évolution de la température des océans découle l'explosion, rapide ou non, des trois plus grosses bombes suspendues au dessus de nos têtes.
Par ordre de gravité une bombe alimentaire susceptible de frapper les centaines de millions d'habitants de par le monde dont la survie dépend directement ou indirectement de la pêche (alors que des études récentes montrent qu'une variation même minime de la température océane altère, via ses effets sur l'acidité de l'eau, les coraux et le plancton, le cycle de reproduction et la taille finale de la plupart des espèces consommables de poissons, un bon quart des créatures marines à sang froid étant sous la menace d'une disparition pure et simple en quelques décennies) ; une bombe politique avec ces nouveaux réfugiés de la faim et ceux condamnés au déplacement par la montée des eaux qui devront bien se chercher une place quelque part ; et surtout La bombe climatique la plus énorme à menacer la vie sur terre, celle liée à la libération des énormes quantités de méthane piégées dans le pergélisol sous-marin, qui pourrait transformer l'augmentation de 3 ou 5 degrés de la température liée à l'activité humaine déjà prévue en un bond de plus d'une dizaine, de même ampleur que celle qui conduit au terme du Permien à l'extinction de masse la plus importante qu'ait jamais connue la Terre ; et en des dizaines de milliers de fois moins d'années, ce qui laisse bien moins de temps à la vie pour s'adapter.
Il y a des moments comme ça où, si j'avais pas tant de neveux et d'amis qui en ont, je me sentirais plutôt soulagé d'être bien parti pour ne laisser nulle descendance. La génération qui vient, les trois ou quatre générations qui restent, pourrait-on dire avec à peine un brin de pessimisme, vont se retrouver face à un péril d'une ampleur telle que l'humanité n'en a jamais connu. Et même en imaginant, contre toute attente et à la différence de la notre, qu'elles tentent sérieusement de réagir, il s'avère de plus en plus probable que ce sera déjà bien trop tard.
Dans un tel contexte on trouverait logique que, si désespérée qu'apparaisse la situation, nous, aujourd'hui, tentions d'enrayer le phénomène. Et que, les doigts croisés quant à ce qui est déjà inévitable, nous essayons de faire au moins tout ce que nous pouvons pour réduire notre propre impact. Que l'humanité réalise que si énormes soient les changements de ses habitudes et objectifs nécessaires, si gigantesques les bouleversements sociaux et politiques requis pour les imposer, il n'y a pas d'impératif plus grand que d'offrir une chance à notre survie future.
On trouverait logique qu'au moins la question des efforts à faire, des transformations nécessaires de notre mode de vie et système économique, ou celle de la meilleure manière de parvenir à enrayer le phénomène, soit au coeur des préoccupations de ceux qui nous guident et nous dirigent, et donc du débat public. Bien au contraire, après quelques mois de mode médiatique, et la crise et les conflits culturels aidant, le sujet a été relégué au rang de débat scientifique (comme s'il y avait encore un débat sur la question, parmi les vrais scientifiques - je n'incluerai pas dans ce terme le lobbyiste Claude Allègre) ou au mieux de très vague et hypothétique menace planant au dessus d'un horizon lointain.
Au lieu de quoi, entre deux sujets "d'actualité" sur des conflits religio-culturels remontant au bas mot aux croisades, on ne débat aujourd'hui que de l'opportunité d'exploiter ou non, gazs et pétroles de schistes, de rejeter beaucoup plus de gazs à effet de serre tout en gaspillant des quantités énormes d'eau, ou de continuer juste à simplement en rejeter beaucoup trop.
Et alors qu'on devrait en être à se demander comment parvenir à maintenir des conditions de vie acceptables pour tous dans la période de décroissance qui s'impose, comment revenir sans trop de brutalité à une économie localisée et aux modes de production artisanaux qui apparaissent comme les seuls choix écologiquement raisonnables, on prèche la réindustrialisation (ou l'industrialisation tout court ailleurs) en priant pour un retour de la croissance, on invoque la mondialisation des échanges comme quelque chose à quoi il faudrait s'adapter plutôt que combattre, malgré l'impact écologique cataclysmique des transports, et on accepte finalement la disparition progressive des états et donc de toute possibilité de volontarisme politique au fil de leurs réductions budgétaires, à l'heure où l'humanité, et au dela la planète, n'a jamais tant eu besoin qu'un pouvoir politique fort se décide à prendre les choses en main (et à l'échelle mondiale, encore).
Pouvoir fort, j'ai laché les termes... J'y reviendrai surement dans un prochain article. Longtemps la démocratie est apparue comme le moins mauvais des systèmes politiques. Dans un contexte pareil difficile de la voir (ou au moins ce qu'on en a fait depuis un siècle) autrement que comme un mauvais système tout court. Alternances rapides, nécessité de carresser l'opinion dans le sens du poil et de coller à la plus insignifiante actualité, respect de droits en tout genres si contraires qu'ils puissent être à l'intérêt collectif... Autant d'entraves à mettre en oeuvre la politique de long terme que dicte la nécessité. Et je dis ça bien qu'un pouvoir réellement fort et soucieux de la survie de l'espèce ne serait certainement pas tendre avec les parasites oisifs dont je fais partie ; je ne nierai pas que mon activité principale ces dernières années puisse être résumée à un énorme gaspillage d'énergie.
Enfin... Je suis un peu comme tout le monde en la matière, et particulièrement la génération de geeks et autres escapistes dont je fais partie. Je me distrait et aide les autres à se distraire. On se shoote à l'omniprésent spectacle, à la recherche d'un plaisir par nature égoïste et aux jeux. On s'évade de la réalité faute de la force de la changer ou même du courage de la regarder en face... Notre monde est un malade en fin de vie, et qui ferait le choix de la douleur quand il y a la morphine ?
Allez... Je vais revenir à une activité normale et poster un épisode de niveau 2400, mes états d'âmes ou un article sur un jeu de stratégie.