Un grand merci à la Chine et au "machin"
Brève : Suite à une menace de véto de la Chine, l'ONU a décidé de "fortement déplorer" au lieu de "condamner" les arrestations et éxecutions de moines en Birmanie.
Bon, évidemment, c'est le genre de nouvelles dont tout le monde se balance quelque peu. Même si la Birmanie avait été "condamnée", et tant que tout le monde n'est pas d'accord pour la "sanctionner" d'avantage, ça n'aurait pas changé grand chose. Par ailleurs même si l'ONU ne fait que "fortement déplorer", rien n'empèchera une partie de monde de "sanctionner" quand même, enfin en imaginant qu'une partie du monde ait envie de s'ajouter un sujet de brouille avec la Chine. D'ailleurs même quand l'ONU ne déplore ni ne condamne, une grande puissance pourrait toujours intervenir, légitimant son action à travers une quelquonque autre alliance éventuellement (enfin ce ne sera évidemment pas le cas ici) .
Si j'ai retenu cette brève, c'est juste qu'elle exprime pour moi dans toute son absurdité le principe du Conseil de Sécurité. D'abord, quel est l'intéret d'un conseil de sécurité ?
Tout d'abord, s'il accueille des pays comme la Chine, ce n'est certainement pas de répondre à un quelquonque objectif moral, de rendre plus justes les décisions de l'ONU, etc... ; ce qui serait absurde de toutes manières dans une organisation où les dictatures totalisent facilement 3 fois plus de voix que les démocraties (et encore en comptant très large le nombre de "démocraties"). On se demande donc bien pourquoi ses membres ont droit de véto sur des questions de formulation sans incidence, qui releveraient au mieux d'une quelquonque sous-commission chargées des droits-de-l'homme (qui elle même élue dans une organisation où les dictatures totalisent facilement 3 fois plus de voix que les démocraties est de toute manière par essence absurde).
Non la seule raison logique que l'on puisse voir au principe d'un conseil de sécurité (et à ce qu'il soit appellé ainsi) c'est de répondre à un objectif non moins noble, celui d'éviter les guerres entre grandes puissances, et particulièrement de voir un jour une décision de l'ONU déboucher sur un conflit nucléaire. Oui mais, si on se situe dans cette logique, la liste des membres était peut être valide il y a 30 ans, mais certainement pas maintenant. Où sont les sièges du Pakistan, de l'Inde, d'Israël (pas trop besoin dans ce dernier cas, mais bon...) ? Pourquoi n'y réserve-t-on pas d'avance une place pour l'Iran et la Corée du Nord ? Si l'objectif était de ralentir la course de l'humanité vers son auto-destruction en offrant aux détenteurs d'armes de destruction massive ce moyen d'éviter d'avoir à s'en servir pour défendre leurs zones d'influences, il serait urgent d'officialiser le fait qu'ils y ont tous leur place ! Si la force (nucléaire) fait le droit (de véto) qu'est ce qui nous prend de ne pas donner le second à tous les détenteurs de la première ?
Ou peut-être, il faut voir l'appartenance au Conseil de Sécurité comme la reconnaissance par l'ONU du droit pour quelques "grands pays" à avoir des zones d'influence. Mais heu hum... Qu'y font deux représentants de l'Europe dont un totalement inféodé aux Etats-Unis dans ce cas ? Pourquoi quarante ans après la fin de l'ère coloniale France et Grande-Bretagne y ont elles leurs sièges là où des nations non moins grandes (selon les cas territorialement, militairement ou économiquement) et avec d'incontestables zones d'influence locales, le Brésil, le Japon, l'Argentine, l'Australie, l'Afrique du Sud, et l'Inde, et le Pakistan et même l'Iran encore, n'en ont pas ?
En France, ça fait un peu de mal de le reconnaître, mais heu... ça vaut quoi un véto au Conseil de Sécurité, quand on est une fausse grande puissance, que tout le monde sait incapable de défendre sa zone d'influence, à part quelques dictatures bananières d'Afrique ? J'ai été à 200% contre la guerre d'Irak, mais rien ne me fit si amèrement rire que le véto de Chirac... Comme je disais plus haut, la seule logique qu'on puisse trouver aux droits de véto du Conseil de Sécurité, c'est éviter les conflits entre grandes puissances... En d'autres termes, seulement quand les intérets primordiaux d'un membre sont si menacés qu'une décision le ferait entrer en guerre, il devrait en user. Exactement le contraire de ce qu'ont fait la France, la Chine et la Russie, qui si quelques uns de leurs intérets ou principes étaient contrariés par l'aventure irakienne, étaient aux antipodes d'envisager d'user de leur force pour s'y opposer. En usant du véto, elles ont surtout contribué à démontrer l'absurdité du système. A la limite il peut avoir un sens lors d'un bluff, à faire croire que les américains se battront pour Israël, ou les chinois pour la Birmanie, mais quand on ne bluffe même pas, quand il est évident qu'on ne fera rien au delà et qu'on le reconnait d'avance , quoi de plus ridicule que d'en user ? Finalement cette petite histoire du véto français, sera surtout à garder en mémoire comme un signe de dégénerescence du gaullisme, quelque part quoi de plus amusant que de voir Villepin, le plus gaullien de tous, défendre avec véhémence l'ONU en tant que source de droit internationnal, cet ONU que De Gaulle lui-même appelait "le machin".
Mais bon, ce qui est vrai pour la France, est certainement tout aussi vrai pour la Chine ou la Russie. Quand l'une s'oppose à l'usage d'une formule plutot que d'une autre dans un texte que personne ne lira sur la Birmanie, ou quand l'autre fait du blocage pour défendre tel ou tel de ses achetteurs de technologie nucléaire... Qui donc ira croire que ça aurait la moindre importance si les Etats-Unis avec quelques alliés décidaient de l'ignorer ? Comme je disais plus haut, quelle importance que l'ONU déplore ou condamne quand les vraies sanctions ne peuvent venir que des puissances, de confédérations comme l'Union Européenne ou d'alliances comme l'OTAN ?
Certains considèrent l'ONU, ses règles et ses institutions comme nécessaires à ce que le monde demeure "multipolaire"... Mais finalement elles le sont bien moins que l'a été, disons, le Pacte de Varsovie en son temps. Si on voulait d'un monde multipolaire, il faudrait une alliance pro-russe, et une alliance pro-chinoise, une des pays arabes, une pro-indienne, une d'Amérique du Sud, une d'Extrème-Orient, etc... qui chacune devraient si possible peser autant que l'OTAN (en sortir une Europe devenue politique, évidemment aussi). Sinon c'est bien beau un fonctionnement censé renforcer la "multipolarité", mais c'est du vent. L'ONU ça avait certainement du sens du temps de la guerre froide, comme organisation d'arbitrage entre deux pôles de puissance comparable. Pourquoi entretenir la fiction d'un monde multipolaire quand devant la puissance d'une seule alliance il est évident qu'il ne l'est pas ?
On a tendance à décrier les Etats-Uniens pour le mépris qu'ils affichent de plus en plus envers l'ONU... Mais n'ont ils pas le mérite de l'honneteté ce faisant ? Et ne jouent ils pas ainsi contre leur camp ? A quoi servent aujourd'hui les Nations Unies, sinon à autoriser les puissances qui en ont l'envie à croire qu'elles auraient une puissance ou un poids politique comparables à ceux des Etats-Unis ? Qui cette illusion sert-elle, sinon eux-mêmes, en offrant une tribune où se défouleront sans conséquences leurs ennemis, et aux USA des excuses, dans un sens et dans l'autre, pour intervenir ... ou pas.
Si l'ONU avait déclaré que ce qui se passe en Birmanie (ou en mille autre endroits où il est clair que nul n'interviendra vraiment) est horrible et inique, qu'il est urgent d'y mettre fin, et donné mandat pour le faire à ceux qui en ont les moyens, prenant tous les peuples libres à témoin... Est ce la Chine que ça aurait le plus embêté, elle qui n'a guère à se soucier de son opinion publique, et pourrait tout autant faire affaire avec une crotte de mouche birmane démocratique que dictatoriale ? Ou est-ce les dirigeants américains, de l'OTAN, de l'occident démocrate en général... que sa population pourrait éventuellement sommer d'aller un jour au delà des incantations dans son messianisme démocratique et "droit-de-l'hommiste"* ?
Finalement, au nom de tous les "démocrates" (et particulièrement de nos chefs d'états) je crois qu'il faut dire un grand merci à la Chine, et au "machin".
* (comme dirait notre cher président, qui adore cette formulation, popularisée par l'ambassadeur de Chine du temps de Tien-An-Men)