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  • : J"ai commencé à envisager de tenir un blog pour me motiver à reprendre un vieux projet de roman en le publiant au fur et à mesure en ligne. Mais finalement j'ai envie de publier bien d'autres choses, allant de textes humoristiques à des articles politiques en passant par des contes, des critiques diverses, du "je raconte ma vie" et des comptes-rendus de parties de jeux de stratégie. Faire de ce blog un pot pourri de tout ce qui m'intéresse en résumé.
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Un blog susceptible de parler de tout et de rien, comme son nom l'indique.

Mercredi 17 octobre 2007

coupeor-copie-1.JPG Il était une fois un homme riche. Riche mais démesurement riche. Riche mais désespérément riche car, comme disent... surtout les riches, l'argent ne fait pas le bonheur.

Cet homme riche avait cinq palais plus magnifiques les uns que les autres, avec des écuries pleines de pur sang de toutes les couleurs, et des myriades de serviteurs. Il avait des collections de bijoux, de meubles, de timbres rares, un parc plein d'animaux, un garage rempli de voitures de collection. Il avait à son service des comédiens et des musiciens qui jouaient où et quand il le voulait, et un harem plein de femmes les plus belles qu'on puisse imaginer. Mais pourtant il s'ennuyait. Alors il aimait aller se promener dans les rues de sa ville, et chiner sur les marchés pour aggrandir sa collection.

Un jour, il a vu sur un étal une coupe, d'un or si fin qu'il s'est dit qu'elle était faite pour lui.

- Combien pour cette coupe, marchand ? Je la prend !

Le marchand, un vieil homme, l'a regardé de bas en haut :

- Je suis désolé mais elle n'est pas à vendre.

- Je t'en offre 10 pièces d'or... 20 pièces d'or même...

- Je vous dis qu'elle n'est pas à vendre !

- 100 pièces d'or ! .... 500 et n'en parlons plus ...

- Je suis désolé c'est un cadeau qu'on m'a fait je ne la vend pas.

- Je vous l'échange contre des bijoux... des meubles !... un pur sang ! ... une rolls ! .... un palais ! ... un harem !

- Vraiment désolé monsieur, je pourrais vous la donner si vous étiez vraiment dans le besoin, mais il n'est pas question que je l'échange.

Le riche est rentré chez lui, ne cessant de penser à la coupe. Il a essayé de se distraire, avec ses comédiens, ses musiciens, son harem, mais toujours il repensait à elle. Il n'avait jamais manqué de rien, alors ce qui lui manquait lui manquait plus que tout. Vraiment, il ne désirait rien d'autre.

"Le vieil homme a dit qu'il me donnerait cette coupe si j'étais vraiment dans le besoin... Je n'ai qu'à abandonner mes biens, je deviendrai pauvre !"

Alors le riche a vendu ses bijoux, ses meubles, ses timbres rares, ses voitures, ses palais avec musiciens, comédiens et harem en prime, donnant tout l'or qu'il récoltait aux bonnes oeuvres. Et plus il se débarassait de choses plus il se sentait léger, léger... Finalement il n'a gardé que ses habits de riche, car il était tout de même attaché à un certain standing, et il a descendu les rues de sa ville en chantant : "Je suis pauvre ! Je suis pauvre ! Je vais avoir la coupe ! Je suis pauvre", bousculant sans même y faire attention un mendiant en arrivant sur le marché.

Il est arrivé devant le marchand :

- Ca y est, je suis pauvre, je peux avoir la coupe ?

Le vieil homme l'a regardé de bas en haut...

- Hum, tout d'abord jeune homme vous ne m'avez pas l'air bien pauvre... Ensuite, je suis vraiment désolé, mais cette coupe je ne l'ai plus.

- Comment ça vous ne l'avez plus ? Vous aviez dit que vous ne la vendriez pas !

- Oui... Je l'ai donné à un pauvre hère, l'homme que vous venez de bousculer.

- Quoi ? Comment avez vous osé !? Vous l'avez donnée à nimporte quelle mendiant alors que moi j'ai tout sacrifié, abandonné toutes mes richesses pour elle !!

L'homme riche, enfin l'ex-homme riche a manqué de frapper le vieillard, puis se ravisant est parti en courrant, essayer de rattraper le mendiant.

Il l'a cherché toute la journée dans les rues de la ville, mais ne l'a pas trouvé. Alors il s'est dit qu'il n'avait plus de choix que d'essayer d'oublier cette coupe en or si fin. Rentrer chez lui, essayer de se distraire, convoquer ses comédiens, son harem et ses musiciens... Mais quand il est rentré à son palais, ses propres serviteurs l'ont jeté dehors, il avait vendu son palais. Et il n'y avait personne pour vouloir le distraire, il ne pouvait pas payer.

Il a essayé d'emprunter à ses amis, de l'argent pour repartir dans la vie. Mais iriez vous prêter de l'argent à quelqu'un qui le jette par les fenètres ? L'ancien homme riche s'est vite rendu compte qu'il n'avait que des anciens amis de riche, qu'il ne pouvait compter sur personne.

Alors il a quitté la ville. Il est parti sur les routes. Il a dù survivre, apprendre à travailler de ses mains. Faire toutes sortes de travaux d'autant plus rudes qu'il n'y était pas habitué. Et finalement, le dos rompu, les muscles déchiré, il en a été réduit à mendier. A aller de ville en ville tendre la main aux passants...

Et c'est comme ça qu'un jour il est revenu dans sa ville natale, et qu'il a vu sur un étal... La coupe, qui semblait ne pas avoir bougé. Toujours aussi brillante, qui le narguait de son or si fin. Décidémment, comme elle était belle. Mais l'homme n'était plus qu'un pauvre mendiant alors, quand le marchand lui a demandé ce qu'il voulait il a simplement dit :

"Donne moi ce que tu voudras bien me donner."

Le marchand qui a vu qu'il regardait la coupe avec convoitise la lui a tendu.

Et l'ancien riche s'est senti plus riche qu'il ne l'avait jamais été. Vraiment il n'avait jamais désiré qu'elle. Il a serré la coupe contre son coeur, a remercié le marchand, et est parti en gambadant. Tellement heureux qu'il n'a pas fait attention à un homme habillé richement qui l'a bousculé en chantant : "Je suis pauvre ! Je suis pauvre ! Je suis pauvre !".

.________________________

origine : adaptation d'une histoire écrite par ma soeur (passionnée par le sujet, elle a écrit de nombreux récits et nouvelles sur le Graal, et publié un essai sur la représentation du Graal dans la littérature moderne : Le Graal en Questions - par Isabelle Cani, éditions Dervy)

version : écrite en 1996, à peu près tel que raconté

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Pour changer des histoires d'animaux, un conte' d'un genre très différent, qui fait aussi partie de mon plus vieux répertoire. Son texte est issu d'une histoire écrite par ma soeur, qui doit dater de la fin des années 80 (non publiée à ma connaissance). Bien entendu, dans ma bouche il a dù dériver pas mal. 

J'ai longtemps proposé un regroupement de contes de ce genre parmi mes spectacles (appelé "Récits du Graal" puis "Le Cauchemar d'Arthur" dans sa dernière version) mais durant les 7 années où j'ai été conteur plus ou moins professionnel, je n'ai trouvé l'occasion de le représenter que 3 fois. Les contes destinés aux adultes, particulièrement s'ils ne sont ni traditionnels ni comiques ont souvent du mal à trouver un public (quand ils ne sont pas dits par les quelques grands noms de la profession).

Par Toine - Publié dans : Mes textes de contes - Communauté : L'écriture dans tous ses états
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Lundi 15 octobre 2007

baobab.jpg Il court dans la brousse, il court dans la brousse, il court dans la brousse. C'est le lièvre ! Et le lièvre il aime courir sous le soleil, il aime voir du pays et avoir chaud, alors il n'est pas pressé de rentrer chez lui même s'il sait qu'un grand verre de lait l'attend chez sa lapine.

Alors, il court dans la brousse, il court dans la brousse, mais ce jour là le soleil tape fort, si fort que bientot le lièvre marche dans la brousse, marche dans la brousse... Et finit par s'arréter.

Il regarde autour de lui et il ne reconnait rien. L'herbe qui jusqu'ici était haute ici est rare et desséchée, tout est sec et sablonneux, on trouve ici et là les ossements d'animaux égarés.

Maintenant le lièvre se sent très pressé de rentrer chez lui, et de boire le grand verre de lait qui l'attend chez sa lapine. Alors il repart.

Il court dans la brousse, il court dans la brousse, mais le soleil tape encore plus fort, bientot il marche dans la brousse, mar-che dans la brousse, mar-che dans la brousse, et s'écroule sur le sol.

Il se dit qu'il va finir là, un tas d'ossement de plus dans ce désert, qu'il ne reverra jamais son village et sa lapine...

Pensant à elle, dans un dernier effort, il lève les yeux au ciel...

Et là il aperçoit tout au loin la silhouette d'un baobab, un arbre immense. Le lièvre sait que les baobabs sont des arbres sacrés, des arbres magiques, alors ça lui redonne du courage. Il se remet à ramper, puis à marcher, puis à courrir vers le baobab et atteint son ombre, où il se jette de nouveau sur le sol.

Il reste longtemps allongé là, profitant de la fraicheur de l'ombre du baobab, ne bougeant que pour la suivre... Il fait bon ici, il se sent ragaillardi, qui sait il parviendra peut-être à repartir et rejoindre son village.

- Merci beaucoup baobab pour ton ombre, je crois qu'elle vient de me sauver la vie ! , dit le lièvre.

Alors, tout en haut de l'arbre, les feuilles se mettent à s'agiter. Et il entend une toute petite voix sortir du tronc de l'arbre immense :

- Lièvre, tu as aimé mon ombre, peut-être aimerais tu aussi gouter mon fruit ? Tu n'as qu'à me le demander...

- Ce serait un honneur pour moi, baobab, s'il te plait, pourrais-je gouter ton fruit ? dit le lièvre en carressant le tronc

A peine il a dit ça, "ploc !" un fruit tombe de l'arbre. C'est un pain de singe, le fruit du baobab, tout noir et tout dur, pas du tout appétissant. Mais quand le lièvre mord dedans, il se rend compte que ce fruit est gorgé d'eau et de soleil, le pain de singe le raffraichit jusqu'au plus profond de lui même et lui redonne des forces.

- Merci beaucoup baobab pour ton fruit, je n'ai jamais rien mangé d'aussi bon !

Et de nouveaux les feuilles s'agitent tout en haut de l'arbre...

- Lièvre, si tu as aimé mon fruit, peut être aimerais tu voir mon coeur aussi ? Tu n'as qu'à me le demander...

De nouveau le lièvre carresse le tronc...

- S'il te plait baobab, pourrais je voir ton coeur ?

A peine le lièvre a dit ça, le sol se met à trembler, et le tronc de l'arbre immense se sépare en deux parties, commençant à s'écarter, jusqu'à ce qu'apparaisse une entrée.

- Entre lièvre, tu es le bienvenu.

Le lièvre entre à l'intérieur du tronc et il voit de l'or, des diamants, des bijoux par dizaines. Il n'a jamais rien vu d'aussi beau.

- Prends, lièvre, prends ce que tu veux...

Le lièvre reste longtemps à regarder toutes ces merveilles, puis il choisit juste une petite paire de boucles d'oreille, pour sa lapine.

Il remercie le baobab, sort, le remercie encore en le regardant se refermer. Et bien reposé, bien désaltéré, bien raffraichi, plein de force et de courage, le lièvre repart...

Il court dans la brousse, il court dans la brousse, il court dans la brousse. Il quitte les herbes rares et desséchées pour là où elles sont hautes. Il court dans la brousse, il court dans la brousse, il court dans la brousse. Et il finit par atteindre son village.

Il rentre chez lui, boit le grand verre de lait qui l'attendait chez sa lapine, et lui donne les boucles d'oreilles.

Et la lapine fait... Ce que toute femme à sa place aurait fait, après avoir remercié son mari, elle part faire le tour du village pour montrer ses belles boucles d'oreilles...

Ce jour là, quand le voisin du lièvre, monsieur hyène, rentre chez lui, le repas n'est pas près, le couvert n'est pas mis, sa femme est assise les bras croisés à l'attendre. Monsieur hyène comprend tout de suite qu'il y a quelque chose qui ne vas pas. Je ne sais pas si vous avez déjà vu une femme hyène assise les bras croisés, mais en général c'est très mauvais signe...

- Qu'est ce qui te prend ma chérie ? Pourquoi tu n'as pas fait le repas ? J'ai faim, j'aimerais bien manger, moi...

- Tu as vu ce qu'elle a la voisine ?

- Euh... non

- EH BIEN VA VOIR IMBECILE !

Monsieur hyène va voir la lapine, la regarde longuement, se demandant d'abord si elle a changé de coiffure ou s'est limé les dents, puis finit par remarquer la belle paire de boucles d'oreilles, et retourne voir sa femme.

- La voisine a de belles boucles d'oreilles, et alors ?

- Alors... Alors...?! Ca fait combien de temps que tu ne m'as pas fait un cadeau, imbécile ?

- Euh... je ne sais pas. J'ai dù euh... te donner un os un peu avant notre marriage... Il y a euh...

- Dix ans !!! Et tu crois que c'est suffisant ? Chéri, je ne te ferai plus la cuisine tant que tu ne m'auras pas ramené des boucles d'oreilles identiques, et des bracelets, et un collier assortis.

- Mais où est ce que je vais trouver tout ça ?

- Débrouille toi !

Monsieur hyène va alors trouver le lièvre pour lui demander où il a trouvé d'aussi belles boucles d'oreilles pour sa femme. Et le lièvre lui raconte tout, la brousse, qui se transforme en désert, au loin le baobab, son ombre, son fruit, son coeur...

A peine il a tout entendu, monsieur hyène repasse chez lui prendre un petit objet, et part en courrant dans la brousse.

Il court dans la brousse, il court dans la brousse, il court dans la brousse... Allant là où elle ressemble de plus en plus à un déser.

Il court dans la brousse, il court dans la brousse, mais le soleil tape fort, si fort que bientot monsieur hyène marche dans la brousse, marche dans la brousse, marche dans la brousse, et finit par s'effondrer.

Alors il lève les yeux au ciel, et aperçoit au loin... le baobab ! Il sort de sa poche la gourde qu'il était passé prendre chez lui, en boit une bonne lampée pour se redonner du courage, et se remet à marcher, puis à courrir, jusqu'à l'ombre du baobab.

- Merci beaucoup baobab pour ton ombre !

- Hyène, tu as aimé mon ombre...

- Oui et j'aimerais bien aussi gouter ton fruit !

A peine il a dit ça, "ploc !" un pain de singe tombe de l'arbre. C'est un fruit tout noir, tout dur, pas du tout appétissant, en plus monsieur hyène préfère nettement la viande... Il le mordille, fait semblant d'en manger un morceau, et se débarasse discrètement du reste...

- Merci beaucoup baobab pour ton fruit ! Pourrais-je s'il te plait voir ton coeur aussi ?

Le baobab hésite un peu, on ne lui a jamais demandé les choses de la sorte... Mais finalement le sol se met à trembler, et le tronc de l'arbre immense se sépare en deux parties, commençant à s'écarter, jusqu'à ce qu'apparaisse une entrée.

 

Monsieur hyène rentre dedans, et voit tout l'or, tous les bijoux, tout les diamants... Et commence à se remplir les poches...

- Tout cet or, tous ces diamants... C'est merveilleux ! On est riches !! Il faudra qu'on revienne avec un chariot, ma femme et moi, avec un camion, qu'on puisse tout emporter !!!

Mais le baobab n'a pas envie qu'on lui prenne tout ce qu'il y a dans son coeur, et "bang" il se referme brutalement sur monsieur hyène, qui finit broyé.

Et on dit que depuis ce temps là, les hyènes ne lèvent jamais les yeux au ciel, elles restent le regard sur le sol, et ne mangent que des cadavres. On dit aussi que jadis le coeur des hommes était comme un baobab, mais comme on dit "chacun sa hyène".

__________________

Origine : conte traditionnel africain

Version : écrite en 1998, transcription d'enregistrement

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Un conte assez connu, qui fait partie du répertoire de pas mal de conteurs africains ou européens. Le rythme de la course rend ce conte très approprié à être accompagné par des percussions ou autre instrument de musique. J'ignore qui est le premier à avoir utilisé le jeu de mots de la conclusion, peut-être moi ou l'ais-je emprunté à quelqu'un (?).  

A part ça, c'est vrai que les femmes d'animaux mauvais ont rarement le beau rôle dans les contes africains, tandis que leurs maris apparaissent surtout comme soumis. Madame la hyène rappelle pas mal la femme du crocodile de l'histoire du petit singe... C'est un peu une constante dans ces histoires, l'épouse jalouse symbolise l'avidité des personnages à laquelle cèdent des "méchants", qui sont surtout faibles.

Par Toine - Publié dans : Mes textes de contes - Communauté : L'écriture dans tous ses états
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Dimanche 14 octobre 2007

Il était une fois un petit singe qui avait à peine une semaine. Une semaine, pour un petit singe, c'est l'age où on ouvre ses yeux sur le monde. Il a décidé d'ouvrir les yeux et il a vu que le monde était beau. Il y avait une grande étendue bleue au dessus de lui, et dedans une grosse boule jaune, et aussi des espèces de tiges vertes et molles à ses pieds (enfin ses mains d'en bas). Puis pas loin, à quelques pas de lui, quelque chose qui coulait en faisant beaucoup de bruit, un liquide translucide mais qui avait pris la couleur de la terre qu'il portait, de l'eau qui s'étendait à perte de vue. C'était un grand fleuve. Et voir tout ça, ça a donné au petit singe l'envie d'explorer ce monde qui était si grand et si beau. Alors il s'est dit que c'était peut être le moment d'apprendre à marcher. Et il s'est mis à avancer le long du fleuve, d'abord à quatre pattes comme font les singes, puis il a appris a replier sous ses aisselles ses deux bras du haut; pour marcher sur deux pattes, comme font les hommes (enfin, tous les hommes ne replient pas leurs bras).

Et il a marché, longtemps, le long du fleuve, jusqu'au moment où il s'est retrouvé nez à nez avec un étrange objet. C'était comme un mat, très haut, tout droit, avec en haut de grandes feuilles vertes et des petites boules marron. C'était un arbre, et c'était pas nimporte quel arbre : c'était un palmier-dattier et le petit singe a senti une odeur toute sucrée qui descendait de ses fruits. Il s'est dit, j'ai appris à ouvrir les yeux et à marcher, ce serait peut être le moment d'apprendre à grimper aux arbres, et il a l'appris. Arrivé en haut, il a pris un des petits fruits tout marron tout brillants qui sentait si bon, il l'a regardé, et ça avait une si bonne odeur qu'il s'est dit que c'était encore plus beau que le reste. Il l'a mis dans sa bouche... C'était sucré... Et... CRAC. Y'avait une espèce de caillou dans ce fruit qui était si beau, et il avait manqué de se casser une dent ! Le petit singe ça l'a ennervé, alors il a fait un petit jeu de singe : il a mis le noyau dans sa bouche, il a gonflé ses joues, il a tapé dessus, et plouf il l'a craché dans le fleuve, où ça a fait des ronds dans l'eau de plus en plus grands. Le petit singe ça l'a fait rire, et il s'est dit que la vie ne commençait pas si mal que ça, il avait appris à ouvrir les yeux, à marcher, à grimper aux arbres, et surtout que tout ce qui est beau est bon, si on enlève le noyau qu'il y a dedans.

Alors il a pris une autre datte, il l'a regardée, il l'a ouverte, retiré le noyau qu'il y avait dedans, a mis le noyau dans sa bouche, a gonflé ses joues... plouf, puis il a mangé la date en regardant les cercles s'aggrandir dans l'eau. Alors il a pris une autre datte, l'a ouverte, retiré le noyau qu'il y avait dedans, a mis le noyau dans sa bouche, a gonflé ses joues... plouf, puis il a mangé la date en regardant les cercles s'aggrandir dans l'eau. Et une autre datte, noyau dans sa bouche, gonflé les joues, plouf, mangé la datte. Et une autre car il était gourmand, gonflé les joues, plouf, mangé la datte. Et encore une autre, ça l'amusait trop, il a mis le noyau, gonflé ses joues... CRANG !

En bas, flottant sur le fleuve, il y avait gros crocodile qui avait refermé ses machoires sur le noyau de la datte !

- Eh mais t'es fou, as dit le petit singe, c'est les dattes qu'il faut manger, pas les noyaux. Regarde je vais t'envoyer une datte sans noyau, tu vas voir que c'est bien meilleur qu'un noyau sans datte.

- Envoie toujours, moi je croque tout ce qui bouge.

Et le petit singe a pris, une datte, gardé le noyé et envoyé le reste au crocodile, mais ce dernier n'a pas trop aimé.

- Mais c'est tout gluant ce fruit ! Ca colle aux dents, puis c'est trop sucré, c'est surement pas bon pour ma machoire ! Le noyau c'était mieux, ça craque comme un petit os. Je préfère encore les noyaux sans datte aux dattes sans noyau.

- T'ennerve pas, a dit le petit singe, si tu aime les noyaux sans dattes et moi les dattes sans noyau, on est fait pour s'entendre...

Et c'est comme ça que le petit singe et le crocodile sont devenus amis. Tous les matins le crocodile remontait le fleuve, allait s'installer en bas de l'arbre. Et le singe cueillait des dattes, les ouvrait, envoyait les noyaux au crocodile, mangeait les dattes.... Et entre deux dattes ils discuttaient, ils se racontaient des histoires. Le crocodile qui était déjà grand parlait au petit singe de sa femme et de ses enfants...

Cette histoire aurait pu se terminer là, et très bien, si le crodile justement n'avait pas eu une femme. Un jour, en descendant le fleuve pour rentrer chez lui, il a trouvé sa femme, furieuse devant son logis.

- Qu'est ce qu'il y a ma femme ?

- Ne fais pas l'innoncent. Je sais bien que tu vois une autre femme crocodile en cachette !

- Mais pas du tout !

- Alors qu'est ce que tu fais à passer tout ce temps plus haut sur le fleuve ?

- Ben... Je suis avec mon ami le singe.

- Quoi ? Tu fréquente des singes maintenant chéri !? Mais tu tourne mal, un bon crocodile, ça reste entre crocodiles.

- Mais heu... Il est gentil... On s'amuse bien...

- Et qu'est ce que tu fais, de si intéressant avec ce singe ?

- Ben euh... On mange des dattes

- Quoi ? Tu mange des dattes chéri !? Mais tu tournes vraiment mal ! Nous autres crocodiles c'est pas des fruits qu'on mange, c'est de la viande !

- Je mange euh... juste les noyaux...

- Et...? Tu pense que ça mange des noyaux de fruits un vrai crocodile ? Tu sais ce que tu vas faire pour me prouver que tu es un crocodile, un vrai ? Tu vas me ramener le coeur de ce petit singe, et on va le manger tous les deux !

Le crocodile savait bien qu'il n'avait pas le choix. S'il disait non, sa femme allait pleurer de grosses larmes de crocodile, et crier encore plus fort... Alors, résigné, il a remonté le fleuve pour aller chercher le coeur du petit singe.

Le petit singe, lui, était tranquille dans son arbre. Il cueillait des dattes, il jonglait avec, de temps en temps il en ouvrait une, et il faisait un petit jeu de singe... Plouf ! Il regardait les cercles dans l'eau après avoir craché un noyau, et c'est là qu'il a vu arriver son ami crocodile.

- Eh crocodile ! Je suis en train de cueillir des dattes, tu veux manger les noyaux ?

- Non, aujourd'hui on va manger chez moi !

Le petit singe était toujours heureux de découvrir des choses nouvelles, il était tout excité à l'idée de manger chez les crocodiles. Il est descendu très vite de son arbre, il a sauté sur le dos du crocodile et ils ont commencé à descendre la rivière.

- Mais dis moi dis moi, qu'est ce qu'on va manger chez toi ?

- C'est une surprise. T'occupe pas !

- Parce que si par exemple on mange des dattes, j'aurais pu cueillir un gros panier de dattes, puis j'aurais mangé toutes les dattes et vous les noyaux.

- Je te dis t'occupe pas !

- Non mais tu sais je suis curieux, moi j'ai jamais mangé chez les crocodiles, vous faites comment la cuisine, c'est ta femme qui prépare ou c'est toi ?

- T'o-cu-ppe pas !

- Ouais, mais j'aimerais quand même bien savoir ce qu'on mange, c'est important de savoir ce que mange, tiens tu sais, la première fois que j'ai mangé une datte, je me suis fait très mal avec le noyau...

- Bon...Tu veux vraiment savoir ce qu'on mange ? On va manger ton coeur petit singe !

Le petit singe avait peut-être 15 jours, il s'est quand même dit "celui là s'il veut manger mon coeur, c'est peut être pas un vrai ami", et il a réfléchit très vite, et il a répondu...

- Ben ça c'est embêtant, ça va pas être possible, fallait le dire plus tôt !

- Comment ça ?

- Ah oui, c'est vrai tu peux pas savoir, tu es un crocodile, on est pas fait pareils. Vous autres crocodiles, vous allez tranquillement, doucement, au fil de l'eau. Mais nous autres les singes on courre, on escalade, on saute de branche en branche, de liane en liane. Alors forcemment on peut pas s'encombrer. Pour ça qu'on a un truc : notre coeur on le prend, on le laisse dans notre arbre, et comme ça on peut gambader et bondir tant qu'on veut... Mais si tu veux je vais te le chercher. Ca sert à rien un coeur de toutes manières, ça bat toujours trop vite ou pas assez, pas de problème si tu veux le manger.

Le crocodile ne s'en croyait plus de joie, non seulement il allait pouvoir manger le coeur du petit singe, mais en plus il allait rester son ami. Il a tout de suite fait demi-tour pour le ramener à son arbre. Il l'a déposé sur la berge, le petit singe est monté et une fois en haut de l'arbre, il a pris une datte, il l'a regardée, il l'a ouverte, retiré le noyau qu'il y avait dedans, a mis le noyau dans sa bouche, a gonflé ses joues... plouf, et il a mangé la date en regardant les cercles s'aggrandir dans l'eau. Puis il a pris une autre datte, l'a ouverte, retiré le noyau qu'il y avait dedans, a mis le noyau dans sa bouche, a gonflé ses joues... plouf, et il l'a mangée, et une autre datte, retiré le noyau, gonflé ses joues... plouf ! mangée, et encore une autre datte... plouf ! et une autre... plouf !

Et si vous ne me dites pas de m'arréter et continuez comme ça à me regarder... vous allez finir comme le crocodile qui l'attend toujours au pied de son arbre.

 

 

___________________

origine : conte traditionnel africain (existe aussi dans le folklore indien)

version : réécrite de mémoire aujourd'hui

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Tant que j'y suis à publier mes vieilles histoires d'animaux... Peut-être le conte que j'ai dit le plus de fois. 

Ma version de cette histoire est issue de celle de Charles Piquion, entendue il y a une quinzaine d'années lors d'un concours de conteurs à Chevilly-Larue. Retenue dès la première écoute, j'ai tout de suite eu envie de transmettre cette histoire, et elle a fait partie depuis de toutes les représentations de Jungleries. Quelque part j'ai un attachement particulier pour ce conte, dans la mesure où c'est un des rares que j'aie appris par transmission orale plutot que dans un livre de contes. Au fil des conteries, mon texte s'est évidemment beaucoup éloigné de l'original, à part son introduction que j'ai à peu près gardée, et certains gestes peut-être, il ne doit plus y avoir beaucoup de rapports entre nos manières de la conter, 

J'en ai lu des versions écrites mais bien plus tard. Il y en a bon nombre, avec pas mal de variantes, notemment une indienne où le singe mange des mangues, une où le crocodile est purement mauvais (il n'y a pas la scène avec sa femme, il veut juste manger le coeur du singe par plaisir) et d'autres où le singe et les deux crocodiles ont des noms (Naoko, Kitéou et Kattouba, dans un livre pour enfants feuilleté récemment, j'ignore si ça relève d'une vraie tradition ou s'ils sont juste choisis pour faire africain)ou tournées comme une fable, avec un chatiment pour le crocodile et une morale à la fin.

Par Toine - Publié dans : Mes textes de contes - Communauté : L'écriture dans tous ses états
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Samedi 13 octobre 2007

La petite colombe était triste. Son ami le merle n'était pas venu au rendez-vous. Elle lui avait dit "à midi au sommet du grand chène". Elle avait attendu une heure, deux heures, trois heures... Toujours pas de merle.

Mais comment lui, son plus tendre ami... Lui qui lui plaisait beaucoup plus que le coucou ou le rouge-gorge, mille fois plus que le corbeau, vraiment pas beau... Comment avait-il pu l'oublier... L'abandonner... La trahir... La mépriser ? La petite colombe terriblement triste était partie pleurer en haut d'un cerisier.

Et elle pleurait, pleurait, toutes les larmes de son corps, sans plus rien voir des arbres en fleurs.

Quand soudain, comme lointain à travers ses pleurs, elle entend un battement d'aîles. C'est le corbeau qui vient de se poser à coté d'elle, le corbeau qui déjà la prend sous son aîle...

- Dis moi petite colombe, pourquoi es tu triste et seule, toi qui es si belle ?

La colombe se dit : le corbeau n'est pas bien beau, mais c'est un ami, lui.

Alors elle lui a tout raconté. Elle a parlé, elle a pleuré, et encore parlé et encore pleuré, tout le reste de la journée... et à la fin le corbeau lui a dit :

- Tu sais moi aussi je suis triste et seul.

- Euh... Corbeau... Tu sais, j'en ai bien assez avec mes propres problèmes pour aujourd'hui. Mais, disons, si tu veux, on peut se voir demain pour parler des tiens.

- Je comprends, quand tu veux, je ne veux pas t'obliger.

- Disons demain, à midi, sur le peuplier, tu y seras ?

- Merci beaucoup ! J'y serai tu peux compter sur moi.

Et le corbeau est reparti d'un vol gai, tout heureux qu'il était d'avoir rendez-vous avec une si belle colombe.

La colombe rentre à son nid. Son nid qui est tout froid et tout vide. Ah maintenant, même le corbeau lui manque, presque autant que le merle.

Elle se remet à pleurer. Quand, tout d'un coup...

- COUCOU !

C'est son vieux copain le coucou, un peu marginal, un peu errant mais si marrant.

- COUCOU ! Je sais pourquoi tu pleures, COUCOU ! Tu es toute seule dans ce nid, COUCOU ! COUCOU ! Partage le donc avec moi, sois ma mie !

Ooh... Comme il était gentil. La petite colombe elle lui a dit "oui". Et ils ont passé la nuit ensemble, à coucouter, à roucouler... Et le matin c'est le coucou qui s'est levé le premier :

- COUCOU ! COUCOU ! C'est pas tout ça, COUCOU ! Il faut que j'aille chercher mes affaires, moi, COUCOU ! Si je veux m'installer chez toi.

Sans même lui laisser le temps de répondre il s'est envolé; et a peine le coucou parti, la petite colombe se dit :

"Oulalalala, dans quoi je me suis embarquée ? Il va falloir que je supporte ses "coucou ! coucou ! coucou !" à longueur de journée. Heureusement, j'ai rendez-vous avec le corbeau, peut être saura-t-il me conseiller..."

Et elle part à tire d'aîles vers le peuplier.

Mais à mi-chemin elle est interceptée.

- Ma où va tou pétite colombe, pourquoi es tou si pressée ?

C'est le rouge-gorge, la gorge chaude du quartier.

- Je vais voir mon ami le corbeau sur le peuplier.

- Quoi, tu vas voir ce vieux déplumé ? Mais, douce petite colombe... Si tu as besoin d'amitié... Ou d'autre chose... Choisis plotot un bel oiseau au plumage coloré, au vol gracieux, au chant harmonieux.... Allez viens, petite colombe, allons nous promener.

La petite colombe se dit "c'est vrai qu'il est beaucoup plus beau que le corbeau, et en plus il ne dit pas "coucou" à longueur de journée...".

Elle a accepté et ils ont passé l'après-midi à planer ensemble, au dessus de la forêt. Et c'était beau et c'était bien.

Le soir venu, le rouge-gorge raccompagne la petite colombe à son nid.... Où ils trouvent le coucou en train de s'installer, avec ses quinze malles et ses trois coffres.

- Que fais tu là ? Pars d'ici, squatteur, profiteur, sans-logis, lui hurle le rouge-gorge.

- Mais... COUCOU ! Mais... COUCOU ! Mais c'est la petite colombe COUCOU ! qui m'a invité !

- Oh, écoute, coucou, dit la colombe après une hésitation... Je traversais une mauvaise passe, tu en as profité, maintenant pars, je suis avec le rouge-gorge.

Et le coucou, dépité, remballe ses malles et ses coffres et s'en va ailleurs coucouter.

- Et moi, douce colombe, je peux rester ?

Mais, un peu honteuse, la colombe ressent soudain "un terrible besoin de solitude... Mais on peut remettre ça à demain, midi sur le cerisier, tu es d'accord ?"

- OK j'y serai, tu peux compter sur moi.

Le lendemain, la colombe se fait belle et part pour le rendez-vous.

Mais juste avant d'atteindre le cerisier, elle voit sur une branche... Le merle ! Et là elle oublie tout, s'approche de lui, se met à roucouler :

- Merle, mon ami... Pourquoi, pourquoi n'es tu pas venu sur le grand chène ? Pourquoi m'as tu trahi ?

- Quoi ?

- Notre rendez-vous, l'avais tu oublié ?

- Oh... Je ne savais pas que c'était si important pour toi. Mais dis moi, charmante colombe, tu es toute en beauté...

Elle était si flattée que de blanche, la colombe passe à rose foncé...

... on peut remettre ça à ce soir, ma douce. Disons à minuit, au sommet du grand chène.

- J'y serai, tu peux me faire confiance, je vais tout de suite rentrer chez moi, me faire encore plus belle.

Et elle rentre à son nid, oubliant complètement le rouge-gorge. Son nid devant lequel l'attend le corbeau.

- Dis moi, colombe, tu m'as oublié ? Je voulais te dire que je t'aime...

- Oh, écoute, corbeau... Regarde toi, regarde moi... Mes plumes sont blanches et douces, mon vol est gracieux, mon chant harmonieux. Je suis si belle que je suis faite pour le merle ; le coucou et le rouge-gorge se prosternent à mes pieds. Et toi... Gros et noir, ton cri fait fuit l'hirondelle, tu voles comme un cormoran mazouté... Allons, corbeau, cesse de te ridiculiser, part donc te cacher !

Et le corbeau repartit d'un vol triste.

Cette nuit là, la colombe, après s'être faite encore plus belle, se rend sur le grand chène à minuit, et attend le merle... Une heure, deux heures, trois... Toujours pas là. De nouveau elle est triste, elle se remet à pleurer, elle se sent seule au monde, ne sait plus trop qui aller trouver... Elle n'ose aller voir le corbeau, ou même le rouge-gorge... Puis elle se souvient d'un oiseau qu'on dit fort sage, et qui vit la nuit... Le hibou.

Elle va le trouver, et de nouveau elle passe des heures à parler, à pleurer, à parler, à pleurer, à tout lui raconter, avant de lui demander :

- Pourquoi... Pourquoi le merle, celui que j'aime plus que tout, celui à qui j'accorde toute ma confiance, pourquoi lui, toujours il me trahit, il me déçoit ?

- Ouuh, mais le merle, il n'est pas fouuh, c'est pas un pigeon celui là. En allant vers le grand chène, il a vu sur le peuplier le corbeau en train de pleurer et de coasser, et sur le cerisier le rouge-gorge qui t'attend encore, et le coucou dehors avec ses quinze malles et ses trois coffres. Petite colombe, si tu ne veux pas toujours être déçue... Fie toi non à la confiance que tu accorde, mais à celle que tu mérite !

La petite colombe pleure de plus belle, elle a si honte qu'elle n'est même plus rose foncé, carrément saumon fumé.

- Et toi hibou, oiseau de nuit, tu veux quand même être mon ami ?

Mais le hibou, qui lui est un carnassier, le hibou, pas fou, tout de suite l'a mangée.

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Origine : de moi
Version : non datée (vers 95), texte original retouché après avoir été raconté
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Un autre des contes de Jungleries, et un des tout premiers textes que j'aie écrit pour le conte. Il y a eu beaucoup de versions de cette histoire et de variations dans ma manière de la conter, je me rappelle d'une plus courte versifiée pour sonner comme une fable, et une plus longue avec des descriptions ; dans certaines, soit le rouge-gorge soit le merle étaient remplacés par un rossignol ; a existé aussi une adaptation en sketch théatral.

L'interprétation des personnages fait pour moi le sel de ce genre d'histoire plus que son intrigue ou sa morale assez convenues. Le corbeau timide et amoureux qui doit toujours avoir l'air mal à l'aise sauf quand il bondit de joie en remerciant la colombe de sa voix rocailleuse, le coucou toujours gesticulant et survolté, le rouge-gorge que je joue généralement sur le mode sédouctor latino, le merle plutot genre mauvais garçon parlant avec une voix goailleuse, etc.... Quelque part il faudrait des didascalies pour que le conte conté s'entende à partir de ce texte, mais s'il y avait des didascalies ce ne serait plus un texte de conte, mais un monologue théâtral. Je préfère donc laisser les textes de conte a mi-chemin du conte littéraire et du texte de théâtre, c'est à dire proches de ce qui est dit (je n'élimine pas volontairement les répétitions et les alternances de passages au présent et au passé propres au registre oral) mais sans indications donnant un rôle au conteur (qui en feraient un acteur).

Par Toine - Publié dans : Mes textes de contes - Communauté : L'écriture dans tous ses états
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