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  • : J"ai commencé à envisager de tenir un blog pour me motiver à reprendre un vieux projet de roman en le publiant au fur et à mesure en ligne. Mais finalement j'ai envie de publier bien d'autres choses, allant de textes humoristiques à des articles politiques en passant par des contes, des critiques diverses, du "je raconte ma vie" et des comptes-rendus de parties de jeux de stratégie. Faire de ce blog un pot pourri de tout ce qui m'intéresse en résumé.
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Un blog susceptible de parler de tout et de rien, comme son nom l'indique.

Vendredi 9 novembre 2007

Tiens, je réalise que j'ai pas encore parlé politique sur ce blog (à part un vieux texte et des sujets internationaux), alors que je ne faisais que ça l'an passé sur les forums. Bon il faut dire, qu'outre que l'élection de Sarkozy et les conversions à sa pseudo ouverture ont été dures à digérer pour les "plus ou moins sympathisants socialistes" comme moi, il devient de plus en plus dur pour nous autres de parler politique sans taper d'abord sur notre camp. J'ai même l'impression que c'est devenu un véritable phénomène de société. J'ai fait un petit tour des blogs et forums que je fréquentais l'an passé, et mon impression est que les posteurs "socialistes" et apparentés se divisent globalement en deux catégories : ceux dont l'activité a énormément chuté depuis mai dernier, et ceux qui consacrent l'essentiel de leur énergie à dénoncer ceux qui pour eux sont responsables de notre échec (Ségo / François / Laurent ou Dominique / les "éléphants" ou les "jeunes loups" ; ou encore les ouistes / les nonistes / les socio-démocrates / les pas socio-démocrates / les adhérents à 20 euros / les vieux militants modèle ère Mitterand / le(s) reste(s) de la gauche.... Rayez les mentions inutiles - ....donc rayez les toutes ça ne changera rien à nos défaites) .

Pour moi en effet le parti socialiste a avant tout été victime de sa démocratie interne (et les Verts également, et plus encore même). Il n'y a qu'à voir à la présidentielle : sur les cinq plus grands partis de France, trois avaient pour candidats leur chef incontesté, désigné par les militants uniquement sous la forme du plébiscite d'un candidat unique, et ces trois là, l'UMP, l'UDF et le FN avaient aussi un programme issu d'une motion unique. A part le FN ils ont fait d'excellents résultats. Notemment Bayrou, qui avant de faire un excellent score au 1er tour avait été plébiscité comme candidat à 98% (!!) par les militants de son parti pourtant déjà au bord d'éclater (40% d'abstention, vu que l'option "se rallier à la candidature Sarkozy" avait déjà été écartée...)

 

A gauche, le PS a passé des mois à élaborer un programme de synthèse, à débattre de comment devait avoir lieu les primaires, puis les organiser ; les Verts comme d'habitude ont fait je ne sais combien de congrès, jonglant avec leurs 1ers secretaires et candidats potentiels et élaborant un programme tordu dans des instances où leur multitude de courrants sont représentés à la proportionnelle ; les anti-libéraux ont voulu s'élire un candidat unique puis se sont dispersés. Et de tous, celui qui s'en est le mieux tiré est Besancenot, qui le premier a refusé de soumettre sa candidature à la démocratie interne d'un regroupement anti-libéral.

Le PS quant à lui s'est payé le luxe non seulement de laisser son programme et son candidat être élaboré/désigné par ses mécanismes de démocratie interne, mais encore d'ultra-médiatiser celle ci, au point de bouffer le temps d'antenne auquel il avait droit. Dans la période précédent la campagne officielle, la télévision a consacré plus de temps à la bataille pour l'investiture (avec l'idée imbécile de lui laisser retransmettre des débats qui auraient dù par définition être internes) qu'au discours de la seule personne qui aurait dù être autorisée à s'exprimer au nom des socialistes devant les non socialistes, la candidate finalement désignée. On dirait qu'au PS on n'a aucune conscience du système des temps d'antenne, qui compte de la même manière un membre d'un parti parlant en son nom dans le cadre d'un débat interne et un membre d'un parti qui parle au nom de celui ci. Avoir transformé les primaires en Star Academy, ça signifie avoir consacré les deux tiers du temps de parole collectif des socialistes à cette période au mieux à en montrer exprimant des opinions qui ne seront pas finalement retenues par leur candidate, au pire en train de se voler dans les plumes à coups de petites phrases. Et en prime, les deux mois suivant l'investiture, les médias audiovisuels ont compensé les 20% de temps d'antenne de trop qu'ils avaient consacré au PS à la période des débats internes... Et la "compensation" à avoir montrer les socialistes se tapant dessus ça a été de diffuser largement le spectacle de l'unité de l'UMP lors des plébiscites du candidat unique Sarkozy et de son programme. Le fait est que, ne serait ce que pour ça, et en soi c'est horrible, un grand parti ne peut plus se permettre d'avoir une vraie démocratie interne (sauf à fermer les portes de ses congrès et débats aux journalistes).

Mais l'impact de la démocratie interne ultra-médiatisée du PS ne se limite pas aux primaires ni à un problème de temps d'antenne. Bien avant il y a eu le referendum interne sur la constitution européenne et les débats qu'il a entrainé, pour bien donner l'image de socialistes d'accord sur rien ; un peu comme une vaste répétition des erreurs qui seraient commises de nouveau en 2007. Et à la racine il y a la tradition des courrants, qu'il faudrait plutôt appeler "clubs de supporters d'un présidentiable", vu comment ils ont évolué à la fin de l'ère Mitterrand. Le PS a un système constitué à l'époque d'un leader à la fois fort et habile, capable de faire taire ses rivaux (en externe) tout en plaçant à la tête de courrants (en interne) ceux qui rêvaient de le remplacer un jour, les diviser lui permettant de règner.

En face, il n'y a pas pourtant pas moins de sujets de débats et de divisions, sans même parler d'ambitions personnelles... La famille gaulliste n'est certainement pas à 100% ouiste et encore moins à 100% anti-américaine sous Chirac ou pro-américaine aujourd'hui, les "libéraux" ne sont certainement à 100% favorables aux politiques volontaristes ou régulatrices chiraquiennes ou sarkozistes aujourd'hui, les démocrates et gaullistes sociaux ne partagent certainement pas les vues des ultra-conservateurs ou des libéraux sur "l'exception française" ; sur les institutions et la personnalisation du pouvoir les ex-UDF de l'UMP continuent a avoir bien des points de divergence avec certains gaullistes quasiment bonapartistes issus du RPR... Quant au récemment créé Modem, ce rassemblement hétéroclite de rigueurophiles, de socio-libéraux, de vrais centristes et de déçus des deux bords, de fans du grand Bayrou et de partisans d'un régime parlementaire, il aurait des raisons mille fois plus valables d'apparaître comme un parti divisé que le PS, pourtant ce n'est absolument pas le cas.

Le fait est que la droite a une autre tradition, qui s'avère bien plus adaptée au régime médiatique moderne. Celle de se fier à un leader pouvant gagner, et d'accepter qu'il tranche pour ce qui est du programme. Et s'il y en a plusieurs ou si leurs programmes sont trop inconciliables, elle se fie au choix des français choisir plutôt que des militants. Et ça marche, car des primaires "externes" procurent une légitimité que ne peut offrir aucun vote interne. La droite s'est bien mieux remise de l'affrontement externe Balladur-Chirac de 1995 que le PS de l'affrontement interne du congrès de Rennes 2 ans avant. La tendance ultra-libérale de droite a été condamnée au silence par l'échec cuisant de Madelin, le nonisme de droite à la marginalité par ceux de De Villiers et Pasqua... A droite les mécontents soient se taisent à l'intérieur de l'UMP soit forment des groupuscules satellites, qui se rallient sans problème au second tour.

Evidemment, traumatisé de n'avoir pu passer le premier tour de 2002 le PS n'a pas osé se le permettre, mais franchement à mon avis, quitte à avoir perdu, on se sentirait mieux aujourd'hui s'il y avait eu deux candidats. Il est des choses qui ne peuvent pas être résolues en interne. Clairement on ne peut pas dire "oui" et "non" à la fois à l'Europe comme au libéralisme, ni viser à rallier l'extrème-gauche et le centre en même temps. Il est probable que ces débats ne seront clos au PS, les choix tranchés, les opposants forcés de rentrer dans le rang, qu'une fois que la famille socialiste aura assumé ses divisions devant le peuple. Et dans le système français le seul moment approprié est un premier tour de présidentielle, seule élection ayant assez une légitimité et un impact assez puissant.

Je crains qu'en ayant voulu à tout prix rester "unis" derrière une seule pour cette présidentielle, après avoir donné le spectacle de leur division (à quoi bon limiter les débats à l'interne... quand c'est un "interne" si affiché que ça relève de l'exhibitionisme) les socialistes aient surtout pris 5 ans de retard en refusant de s'administrer le douloureux remède à leur situation. Plutôt que "tous ensemble" c'est "allons y divisés", qu'il aurait fallu scander pour faire avancer la gauche. Le rassemblement de tendances aux idéaux proches ayant d'aussi fortes divergences qu'entre les ouistes et les nonistes, ça se fait entre les deux tours pas avant. Entre les socio-démocrates et les anti-libéraux du PS, il y a autant de différence qu'entre le PS de Mitterrand et ses alliés communistes. Qu'on se rappelle donc de son histoire ! Mitterrand candidat unique d'une gauche qui ne l'était pas a perdu en 1974 malgré ses 43% au premier tour... pour gagner en 1981 en candidat de rassemblement d'une gauche de gouvernement partie avec deux candidats.

Rien n'a été (et à mon avis ne sera) résolu par les congrès, referendums internes ou autres primaires, on se retrouve comme en 2002, et j'ai bien peur qu'on s'y re-retrouvera. Tant que ça ne sera pas tranché par une vraie élection. On continuera à voir au PS les mêmes tendances exprimer les mêmes divergences, le tout se doublant évidemment de conflits de personnes entre leurs dirigeants. Et si un leader des socialistes minoritaires quels qu'ils soient (en 2007 ça aurait été Fabius, mais il n'est pas dit que la minorité reste du même coté ni garde le même leader) ne trouve pas le courage d'être candidat en 2012, devant les français et quelque soit l'avis du nombre infime d'entre eux à être militants encartés, ça risque bien d'être rebelotte en 2012, et pour longtemps.

par Toine publié dans : Réflexions, politique & actualité
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Dimanche 14 octobre 2007

Brève : Suite à une menace de véto de la Chine, l'ONU a décidé de "fortement déplorer" au lieu de "condamner" les arrestations et éxecutions de moines en Birmanie.

Bon, évidemment, c'est le genre de nouvelles dont tout le monde se balance quelque peu. Même si la Birmanie avait été "condamnée", et tant que tout le monde n'est pas d'accord pour la "sanctionner" d'avantage, ça n'aurait pas changé grand chose. Par ailleurs même si l'ONU ne fait que "fortement déplorer", rien n'empèchera une partie de monde de "sanctionner" quand même, enfin en imaginant qu'une partie du monde ait envie de s'ajouter un sujet de brouille avec la Chine. D'ailleurs même quand l'ONU ne déplore ni ne condamne, une grande puissance pourrait toujours intervenir, légitimant son action à travers une quelquonque autre alliance éventuellement (enfin ce ne sera évidemment pas le cas ici) .

Si j'ai retenu cette brève, c'est juste qu'elle exprime pour moi dans toute son absurdité le principe du Conseil de Sécurité. D'abord, quel est l'intéret d'un conseil de sécurité ?

Tout d'abord, s'il accueille des pays comme la Chine, ce n'est certainement pas de répondre à un quelquonque objectif moral, de rendre plus justes les décisions de l'ONU, etc... ; ce qui serait absurde de toutes manières dans une organisation où les dictatures totalisent facilement 3 fois plus de voix que les démocraties (et encore en comptant très large le nombre de "démocraties"). On se demande donc bien pourquoi ses membres ont droit de véto sur des questions de formulation sans incidence, qui releveraient au mieux d'une quelquonque sous-commission chargées des droits-de-l'homme (qui elle même élue dans une organisation où les dictatures totalisent facilement 3 fois plus de voix que les démocraties est de toute manière par essence absurde).

Non la seule raison logique que l'on puisse voir au principe d'un conseil de sécurité (et à ce qu'il soit appellé ainsi) c'est de répondre à un objectif non moins noble, celui d'éviter les guerres entre grandes puissances, et particulièrement de voir un jour une décision de l'ONU déboucher sur un conflit nucléaire. Oui mais, si on se situe dans cette logique, la liste des membres était peut être valide il y a 30 ans, mais certainement pas maintenant. Où sont les sièges du Pakistan, de l'Inde, d'Israël (pas trop besoin dans ce dernier cas, mais bon...) ? Pourquoi n'y réserve-t-on pas d'avance une place pour l'Iran et la Corée du Nord ? Si l'objectif était de ralentir la course de l'humanité vers son auto-destruction en offrant aux détenteurs d'armes de destruction massive ce moyen d'éviter d'avoir à s'en servir pour défendre leurs zones d'influences, il serait urgent d'officialiser le fait qu'ils y ont tous leur place ! Si la force (nucléaire) fait le droit (de véto) qu'est ce qui nous prend de ne pas donner le second à tous les détenteurs de la première ?

Ou peut-être, il faut voir l'appartenance au Conseil de Sécurité comme la reconnaissance par l'ONU du droit pour quelques "grands pays" à avoir des zones d'influence. Mais heu hum... Qu'y font deux représentants de l'Europe dont un totalement inféodé aux Etats-Unis dans ce cas ? Pourquoi quarante ans après la fin de l'ère coloniale France et Grande-Bretagne y ont elles leurs sièges là où des nations non moins grandes (selon les cas territorialement, militairement ou économiquement) et avec d'incontestables zones d'influence locales, le Brésil, le Japon, l'Argentine, l'Australie, l'Afrique du Sud, et l'Inde, et le Pakistan et même l'Iran encore, n'en ont pas ?

En France, ça fait un peu de mal de le reconnaître, mais heu... ça vaut quoi un véto au Conseil de Sécurité, quand on est une fausse grande puissance, que tout le monde sait incapable de défendre sa zone d'influence, à part quelques dictatures bananières d'Afrique ? J'ai été à 200% contre la guerre d'Irak, mais rien ne me fit si amèrement rire que le véto de Chirac... Comme je disais plus haut, la seule logique qu'on puisse trouver aux droits de véto du Conseil de Sécurité, c'est éviter les conflits entre grandes puissances... En d'autres termes, seulement quand les intérets primordiaux d'un membre sont si menacés qu'une décision le ferait entrer en guerre, il devrait en user. Exactement le contraire de ce qu'ont fait la France, la Chine et la Russie, qui si quelques uns de leurs intérets ou principes étaient contrariés par l'aventure irakienne, étaient aux antipodes d'envisager d'user de leur force pour s'y opposer. En usant du véto, elles ont surtout contribué à démontrer l'absurdité du système. A la limite il peut avoir un sens lors d'un bluff, à faire croire que les américains se battront pour Israël, ou les chinois pour la Birmanie, mais quand on ne bluffe même pas, quand il est évident qu'on ne fera rien au delà et qu'on le reconnait d'avance , quoi de plus ridicule que d'en user ? Finalement cette petite histoire du véto français, sera surtout à garder en mémoire comme un signe de dégénerescence du gaullisme, quelque part quoi de plus amusant que de voir Villepin, le plus gaullien de tous, défendre avec véhémence l'ONU en tant que source de droit internationnal, cet ONU que De Gaulle lui-même appelait "le machin".

Mais bon, ce qui est vrai pour la France, est certainement tout aussi vrai pour la Chine ou la Russie. Quand l'une s'oppose à l'usage d'une formule plutot que d'une autre dans un texte que personne ne lira sur la Birmanie, ou quand l'autre fait du blocage pour défendre tel ou tel de ses achetteurs de technologie nucléaire... Qui donc ira croire que ça aurait la moindre importance si les Etats-Unis avec quelques alliés décidaient de l'ignorer ? Comme je disais plus haut, quelle importance que l'ONU déplore ou condamne quand les vraies sanctions ne peuvent venir que des puissances, de confédérations comme l'Union Européenne ou d'alliances comme l'OTAN ?

Certains considèrent l'ONU, ses règles et ses institutions comme nécessaires à ce que le monde demeure "multipolaire"... Mais finalement elles le sont bien moins que l'a été, disons, le Pacte de Varsovie en son temps. Si on voulait d'un monde multipolaire, il faudrait une alliance pro-russe, et une alliance pro-chinoise, une des pays arabes, une pro-indienne, une d'Amérique du Sud, une d'Extrème-Orient, etc... qui chacune devraient si possible peser autant que l'OTAN (en sortir une Europe devenue politique, évidemment aussi). Sinon c'est bien beau un fonctionnement censé renforcer la "multipolarité", mais c'est du vent. L'ONU ça avait certainement du sens du temps de la guerre froide, comme organisation d'arbitrage entre deux pôles de puissance comparable. Pourquoi entretenir la fiction d'un monde multipolaire quand devant la puissance d'une seule alliance il est évident qu'il ne l'est pas ?

On a tendance à décrier les Etats-Uniens pour le mépris qu'ils affichent de plus en plus envers l'ONU... Mais n'ont ils pas le mérite de l'honneteté ce faisant ? Et ne jouent ils pas ainsi contre leur camp ? A quoi servent aujourd'hui les Nations Unies, sinon à autoriser les puissances qui en ont l'envie à croire qu'elles auraient une puissance ou un poids politique comparables à ceux des Etats-Unis ? Qui cette illusion sert-elle, sinon eux-mêmes, en offrant une tribune où se défouleront sans conséquences leurs ennemis, et aux USA des excuses, dans un sens et dans l'autre,  pour intervenir ... ou pas.

Si l'ONU avait déclaré que ce qui se passe en Birmanie (ou en mille autre endroits où il est clair que nul n'interviendra vraiment) est horrible et inique, qu'il est urgent d'y mettre fin, et donné mandat pour le faire à ceux qui en ont les moyens, prenant tous les peuples libres à témoin... Est ce la Chine que ça aurait le plus embêté, elle qui n'a guère à se soucier de son opinion publique, et pourrait tout autant faire affaire avec une crotte de mouche birmane démocratique que dictatoriale ? Ou est-ce les dirigeants américains, de l'OTAN, de l'occident démocrate en général... que sa population pourrait éventuellement sommer d'aller un jour au delà des incantations dans son messianisme démocratique et "droit-de-l'hommiste"*  ?

Finalement, au nom de tous les "démocrates" (et particulièrement de nos chefs d'états) je crois qu'il faut dire un grand merci à la Chine, et au "machin". 

* (comme dirait notre cher président, qui adore cette formulation, popularisée par l'ambassadeur de Chine du temps de Tien-An-Men)

par Toine publié dans : Réflexions, politique & actualité
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Lundi 8 octobre 2007

Hier soir je me suis fait une petite soirée télé. Occasion de voir un excellent documentaire, Delta affaires sales du pétrole, réalisé par Yorgos Avgeropoulos (rediffusé aujourd'hui à 16 heures sur France Ô).

Ce qui frappe au visionnage de ce genre de reportages, c'est à quel point ce qui se passe en Afrique est ignoré ici. Tandis qu'un certain nombre de conflits et de famines spectaculaires sont parfois médiatisés, des situations "de tous les jours" dramatiques comme celle des peuples et de l'éco-système du delta du Niger sont royalement ignorées par nos télévisions. On entendra même parler du Niger comme un exemple d'état africain revenu à la démocratie dernièrement, avec tout juste mention des soupçons de fraude quand il y a des élections. En fait une classe politique extrèmement corrompue, qui n'a guère changée depuis la junte, continue à détourner à son seul profit les revenus du pétrole (le moment du reportage où apparaissent les maisons immenses et barricadées où les politiciens locaux vivent dans un luxe extrème, au milieu de villes dont les habitants manquent de tout, mériterait d'être rediffusé chaque fois qu'on évoque ce pays).

Simplement comme il y a maintenant des élections, ces politiciens au lieu de se reposer sur l'armée pour assoir leur pouvoir arment des milices pour "convaincre" les gens de voter pour eux. Milices qui composées d'habitants du delta finissent par se retourner contre leurs maîtres, comme on le voit dans la partie du reportage sur le Mouvement d'Emancipation du Delta du Niger. Mouvement de rébellion armée que le reportage se garde d'idéaliser : s'il menace les installations pétrolières et revendique une redistribution de la richesse du pétrole en faveur des populations, il est clairement dit que c'est en grande partie une forme de chantage vis à vis des politiques. Les ex-miliciens qui forment le gros des troupes du MEND revendiquent surtout leur part du gâteau. Et pendant ce temps les 27 millions d'habitants du delta, dont la pèche principal moyen de subsistance est menacée par la pollution résultant des exploitations pétrolières, continuent à crever de faim dans une des régions les plus riches du monde.

Dans ces tragédies qui ne font jamais la une ici, la responsabilité des occidentaux, en l'occurence de la société pétrolière Shell, est bien plus criante que dans les conflits ethniques ou autres famines spectaculaires auxquels les grandes chaînes offrent une place à l'occasion. Ce n'est que sur une chaîne spécialisée et confidentielle comme France Ô (ou d'autres comme Arte) qu'on verra ce type de reportage, que manifestement aucun média en ayant les moyens ne s'est donné la peine d'acheter et de doubler. Delta affaires sales du pétrole, documentaire plusieurs fois primé, n'est diffusé ici qu'en grec sous-titré.

par Toine publié dans : Réflexions, politique & actualité
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Lundi 1 octobre 2007
Au fil des éditos de journaux comme Marianne ou même le Nouvel Obs, comme dans les blogs à la mode (voir le dernier article de celui d'Asko, le discours sur le sujet du "François Mitterrand 2007" de droite ou encore bien des contributions d'Agoravox) , et par ricochet sur les forums où l'internaute lambda répète ce qu'on lui apprend, on trouve toujours le même triple lieu commun :
 - la gauche au pouvoir aurait été "angéliste", négligeant de se soucier du problème de l'insécurité ;
 - les politiques de gauche et de droite en la matière seraient par conséquent très différentes ;
 - c'est par un durcissement des lois et un renforcement de la police autour des quartiers "sensibles" que pourrait être traité le problème (ce bien que l'insécurité ne cesse d'augmenter tandis que la répression se durcit)
 
J'ai exhumé des archives de fr.soc.politique une chronologie que j'avais réalisée début 2003, qui me semblerait plus que jamais à méditer... Particulièrement suite aux émeutes de 2005 qui confirment la théorie de la "réponse à la pression", alors que Sarkozy n'a fait que s'enfoncer plus loin et plus rapidement que ses prédécesseurs dans l'engrenage menant à la "guerre permanente" décrit à la fin de l'article.
 
 
Politique de Sécurité : de l'Engrenage à la Guerre Permanente
(article publié sur fsp le 30 avril 2003)
(je coupe ma longue introduction qui parlait de la présidentielle 2002 vue des banlieues...) 
...Y a-t-il vraiment une escalade, un engrenage ? Voici une petite chronologie...


(sources : principalement La Documentation Française http://www.ladocumentationfrancaise.fr/dossier_polpublic/securite_int... ,  complétée avec des recherches sur les sites des ministères de l'intérieur, de la justice et de la ville, ceux de l'observatoire de la sécurité publique, de la ligue des droits de l'homme, de l'Assemblée Nationale, du Monde, du Nouvel Observateur, du Monde et du Monde Diplomatique ainsi que sur Samizdat.org ; voir aussi le dossier du ministère de l'équipement et de la ville sur la violence urbaine)


1977 - Rapport Alain Peyrefitte "Réponse à la violence", le premier à poser les bases d'une politique dont l'orientation n'a pas changé depuis. Après avoir diagnostiqué l'apparition d'un "sentiment généralisé d'insécuriité ", le rapport préconise un redéploiement des forces de police et de gendarmerie afin "d'accroître la densité des forces de sécurité dans les zones nouvelles d'urbanisation, où leur absence est gravement ressentie" et prône la création de petits postes de quartier en vue d'un "îlotage généralisé".

1980/81 - Loi Sécurité et Liberté d'Alain Peyrefitte. Dixit Robert Badinter : "Des esprits chagrins relevèrent que l'on lisait 95 fois dans [son] texte le mot «sécurité», et 5 fois le mot «liberté». Le garde des Sceaux martelait à qui voulait l'entendre que «la sécurité est la première des libertés». " (formule promise à une longue carrière ). Cette loi très impopulaire (bien que "bénigne par rapport à ce qui a été voté depuis", d'après le même article de Robert Badinter) sera abrogée par le gouvernement Mauroy peu après son entrée en fonction, ce qui marque le début des accusations relatives au "laxisme" de la gauche (ce qui ne l'empèchera pas d'être accusée, dans une envolée quasiment libertaire du libéral Alain Madelin adressant quelques années plus tard une question au gouvernement Fabius, d'avoir "par la suite mis en place par décret des mesures non seulement d'esprit similaire, mais quant à elles réellement liberticides" - lol - )
- Les "Rodéos des Minguettes" font la une de la presse ; pratique qui se généralisera par la suite.


1983 - Rapport Gilbert Bonnemaison "Face à la délinquance : prévention, répression, solidarité", qui tout en mettant d'avantage l'accent sur la prévention propose principalement une série de mesures pour augmenter "l'efficacité de la police en zone urbaine" et confirme les priorités ennoncées dans le Rapport Peyrefitte.


1985 - doublement des crédits du Conseil national de prévention de la délinquance (CNPD), qui atteint 48 millions de francs. Somme qui peut paraître élevée, mais n'est en rien comparable avec les crédits alloués à des forces dont la première mission est répressive, dans le cadre de la loi sur la "modernisation de la police" votée en même temps : 900 millions pour la seule année 1986, et un total de 5,3 milliards de francs supplémentaires sur 5 ans finançant entre autres la création de 10000 postes supplémentaires dans la police nationale.


1986-1988 - tandem Pasqua-Pandraud au ministère de l'intérieur, resté célèbre pour l'extension des modalités de controle d'identités (qui fera parler de "délit de faciès" ) ainsi que pour la formule "Je vous couvre" adressée par Pasqua aux forces de "l'ordre", tandis que les bavures se multiplient (l'une d'elle, la mort de Malik Oussekine lors d'une manifestation étudiante marquera particulièrement les esprits). Rien de nouveau en matière de prévention, si ce n'est le remplacement du directeur du CNPD par un député apparenté RPR (qui sera de nouveau remplacé en 1989 par le socialiste Bonnemaison).


1989 - Création de l'IHESI (Institut des hautes études de la sécurité intérieure) qui fait appel à des experts issusdes sociétés de sécurité privées (les conseils de l'institut aux communes feront d'ailleurs beaucoup pour la multiplication des vigiles). Ce sont les études de victimisation menées par cet institut dans la décennie 90 qui installeront dans le langage médiatique, puis courrant, le terme d' "incivilités" pour qualifier tout comportement jugé comme agressif, qu'il constitue ou non un délit reconnu par la loi.


1990 - 3 jours d'émeutes à Vaux-en-Velin suite à la mort d'un jeune, apparition de "casseurs de banlieue" dans les manifestations lycéennes

1991 - Pierre Joxe met en place une série de mesures sur la sécurité intérieure. Première mention officielle de la "police de proximité" qui "doit avoir une dimension préventive et s'insérer dans la politique de la ville et une dimension répressive pour que l'ordre public soit assuré en permanence" (ce qui ne change pas grand chose soit dit en passant à la mission des îlotiers évoquée dans les rapports Peyrefitte et Bonnemaison).
Départementalisation de la police nationale. "Clarification" des attribution des polices municipales, incluant la possibilité pour son personnel de "recevoir la qualité d'agent chargé de certaines fonctions de police judiciaire".
- émeutes de Mantes-La-Jolie suite à la mort d'une gardée à vue, un gardien de la paix est tué


1992 - Dans une interview à l'AFP, Gilbert Bonnemaison, président du Conseil national de prévention de la délinquance, déplore que la France se soit engagée "dans des démarches complètement sécuritaires" pour faire face à la délinquance et déclare, notamment, qu'"entre 1982 et 1992, l'Etat a investi 400 millions de francs dans la prévention et 12 milliards dans la répression".
Communication du 1er ministre Pierre Beregovoy sur "La politique de rénovation et de sécurité urbaine", combinant prévention et répression.
"L'insécurité perçue par les habitants des quartiers défavorisés trouve son origine dans la multiplication des actes de petite délinquance. L'Etat témoignera d'une très grande fermeté pour lutter contre cette délinquance" peut-on lire dans cette déclaration. Les mesures annoncées sont entre autres la création de 25 "maisons de la justice" dans les quartiers les plus difficiles ainsi qu'une augmentation des "capacités d'hébergement de la protection judiciaire de la jeunesse" pour lutter contre la récidive. Dans un même temps est annoncé une augmentation du budget du ministère de la ville, qui devient enfin conséquent à 6,3 milliards de francs (mais la répartition interne de ces crédits en consacre l'essentiel à des opérations de rénovation urbaine, "purement décoratives" selon l'opposition comme les associations de quartier).
Paul Quilès enclenche un "Plan d'actions immédiates pour la sécurité" : 3200 créations de postes dans la police nationale, et définition de 141 secteurs d'ilotage supplémentaires. Réorganisation des services pour privilégier le terrain, création d'unités de police judiciaire spécialisées dans la lutte contre la délinquance urbaine (comme la Brigade Anti Criminalité en 1993, dont on connait la popularité auprès de la jeunesse des banlieues), projets locaux de sécurité intégrant les responsables communaux. Parmi leurs priorités figurent la lutte contre le "phénomène des bandes", la "drogue" (sans distinction, qui n'existe toujours pas d'ailleurs, entre douces et dures) et "l'immigration clandestine".


1993 - Réforme du code pénal. Alourdissement de nombreuses peines et changement de la définition de l'irresponsabilité pénale.
- Charles Pasqua, de nouveau ministre de l'intérieur, fait les constatations suivantes :
"- La drogue est à l'origine de plus de la moitié des délits.

- La délinquance de voie publique progresse deux fois plus vite que la moyenne des crimes et des délits.
- Les mineurs tiennent une place croissante dans la délinquance et sont aujourd'hui responsables de plus du tiers des délits commis avec violence."
Loin d'y voir un échec de la politique de répression ciblée en oeuvre depuis 15 ans, il va choisir de l'accentuer, sans rien changer au déséquilibre des moyens défavorisant la prévention et surtout la réinsertion et les soins (ce qui aurait été essentiel pour lutter efficacement contre la toxicomanie).
Plusieurs émeutes éclatent en banlieue, en général suite à des interventions musclées de la police.


1994 - annonce de 10 milliards de crédits supplémentaires à la police nationale, 5000 postes administratifs créés pour remplacer autant de policiers renvoyés sur le terrain, augmentation des attributions des préfets pour "adapter les services aux caractéristiques locales de la délinquance", création d'une force de policiers auxilliaires (dans le cadre du service national).
Le film "La Haine" de Mathieu Kassovitz, prix de la réalisation à Cannes, remporte un succès mondial et détiendra longtemps le record d'entrées en France pour un drame social (lequel montre à travers le regard de jeunes de banlieue, l'escalade de la violence résultant de leur sentiment d'humiliation ; il commence par des émeutes suivant la mort d'un jeune et se termine par une nouvelle bavure policière, mettant en scène entre temps l'errance de ses héros dans un monde déshumanisé et agressif, filmé en noir et blanc). Parmi ses spectateurs M. Jospin Lionel, futur premier ministre, déclare "Ce n'est qu'en s'attaquant à ses causes qu'on mettra fin à l'engrenage de la violence admirablement décrit dans ce film".


1995 - Loi Pasqua d'orientation et de programmation relative à la sécurité.
Place très symboliquement en tête des missions prioritaires de la police :
"- la lutte contre les violences urbaines, la petite délinquance et l'insécurité routière;

- le contrôle de l'immigration irrégulière et la lutte contre l'emploi des
clandestins;
- la lutte contre la drogue".
Lors d'une rencontre avec Eric Raoult, ministre chargé de l'intégration et de la lutte contre l'exclusion, les responsables de la FASP (Fédération Autonome des Syndicats de Police), tout en réclamant un "plan global de lutte contre la délinquance" plaident pour la mise en place d'une "véritable politique de prévention".
Plusieurs émeutes éclatent en banlieue, en général suite à des interventions musclées de la police ayant causé des blessures graves ou mort d'homme.


1996 - Réforme de la Police Nationale sous l'égide de Jean-Louis Debré. Nouveau redéploiement, nouvelle augmentation du pouvoir des préfets, donc des missions de police à géométrie variable selon les départements et zones, "développement d'une police de proximité qui soit non seulement plus visible et plus présente sur la voie publique mais également plus accueillante et attentive aux plaignants", 3000 nouvelles créations de postes de policiers de terrain.
Excellents et surprenants résultats (baisse du nombre d'infractions constatées en 95, 96 et 97) qui feront insinuer au Canard Enchainé que "certaines consignes auraient été données" (comme ce serait le cas actuellement d'ailleurs).
Premières flambées massives de voitures à Strasbourg, qui deviendront une tradition chaque Noel.


1997 - Retour de la gauche au pouvoir. JP. Chevènement, nouveau ministre de l'intérieur dresse un portrait assez sombre de la situation lors de son intervention au colloque de Villepinte, insistant notemment sur la multiplication des délits constatés "de 500 000 environ par an au début des années 1960, à plus de 3.500.000 ces dernières années", se concentrant "pour 80% dans les 27 départements les plus urbanisés". Et insistant sur ce qui sont à mon avis les principaux problèmes, "79 % des affaires transmises aux Parquets n'ont pu avoir de suite judiciaire", et "la prison [qui] est souvent une sanction mal adaptée à la faute, et plus encore à l'individu qui l'a commise, particulièrement lorsqu'il s'agit d'un jeune.".
Néanmoins, les principales mesures concrètes annoncées, la création de 35000 postes d'adjoints de sécurité dans le cadre des emplois-jeunes et de nouveaux efforts en matière de "police de proximité" ne répondent guère à cette situation, puisqu'elles vont avoir pour effet d'augmenter principalement le nombre de délits constatés (voire commis si l'on considère comme valide l'hypothèse de la "réponse à la pression" ) surchargeant encore d'avantage une justice n'ayant pas les moyens de traiter tous ces cas. Lionel Jospin annonce une série de mesures pour conforter le droit à la sécurité, parmi lesquelles la création du Conseil de sécurité intérieure. En dehors d'un laïus sur la prévention et le respect dù aux forces de l'ordre, il s'agit principalement de justifier par "l'inégalité devant la sécurité" un nouveau redéploiement accroissant encore la pression sur les quartiers sensibles : "Les moyens, notamment humains, de la police et de la

gendarmerie doivent donc être mobilisés en priorité dans les zones où la délinquance est la plus forte." Même si JP Chevènement constate dans une de ses interventions qu' "On ne peut pas mettre un policier derrière chaque Français", il semblerait bien que le projet demeure d'en mettre un derrière chaque jeune de banlieue. La réforme de l'ordonnance de 1945 sur la détention des mineurs commence également à être envisagée, pour si ça ne suffisait pas.
Patrick Devedjian député (RPR) des Hauts-de-Seine, se félicite des propos "sécuritaires" du gouvernement estimant qu'il s'agit d'une "grande victoire idéologique" pour l'opposition.
Les jeunes de banlieue font un triomphe au film "Ma 6-T va crack-er" de Patrick Rivet, décrivant des situations similaires à celles de "La Haine", mais qui s'en veut l'anti-thèse, à la fois plus réaliste et beaucoup plus complaisante envers leur violence (l'esthétisation des incendies de voitures notemment en choquera plus d'un). Il est décrit par la critique qui parle d'un "message similaire à celui de Malcom X, là où Kassovitz ferait plutôt du Martin Luther King" comme "un véritable appel à l'émeute".


1998 - Jean-Pierre Chevènement annonce des mesures de redéploiement de 3000 policiers et gendarmes au profit de 26 départements sensibles en vue de « supprimer des zones de non droit ».
Plusieurs circulaires, comme celle "relative à la politique pénale en matière de délinquance juvénile", invitent à donner des "réponses plus rapides aux actes délictueux". Ce qui signifie sous couvert de "mettre fin au sentiment d'impunité" la multiplication des jugements en comparution immédiate (qui sont également de plus en plus utilisés à l'encontre de présumés émeutiers, les "casseurs" que l'on ramasse plus ou moins au hasard au terme de toute manifestation).
La délinquance repart à la hausse (+2%).
Plusieurs émeutes éclatent en banlieue, en général suite à des interventions musclées de la police (notemment celles de la cité du Mirail à Toulouse, où l'agitation plusieurs semaines après à la mort du jeune Habib)


1999 - Jean-Pierre Chevènement qualifie de "sauvageons" les délinquants mineurs multirécidivistes et souhaite notamment pouvoir les enfermer dans des "centres de retenue".
Le conseil de sécurité intérieure réaffirme qu'il faut "assurer une présence effective dans les quartiers et les lieux sensibles" (comme si depuis 1977 ce n'était pas l'unique programme) et "améliorer l'efficacité de la réponse aux actes de délinquance" (c'est à dire vu qu'il n'y a guère les moyens d'apporter de réponse judiciaire autrement augmenter encore le nombre de jugements en comparution immédiate), à quoi il ajoute "préserver l'école et amplifier les actions en faveur de la jeunesse" (ce qui ne mange pas de pain).
Lors de la présentation du budget de la Loi de Finances 1999 où les moyens du ministère de l'Intérieur sont de nouveau renforcés il est rappelé : "Depuis 10 ans, parmi les infractions dites de masse, qui sont les plus courantes, les dégradations et les coups et blessures volontaires ont doublé. En 1997, les coups et blessures volontaires ont continué à croître de 8,60 % et les vols avec violence de 3,10 % ". Lionel Jospin constate en réponse à une question parlementaire "Ce qui est alarmant c'est moins l'augmentation du nombre d'infractions que la violence de celles ci.". Mais personne (si ce n'est peut-être à l'extrème-gauche et chez les Verts) ne réfléchit en terme "d'escalade", on préfère en rester à incriminer le manque de présence policière, alors que depuis 1977 on n'a cessé de la renforcer dans (ou autour de) ce que la presse qualifie des "zones de non-droit", où "la police n'intervient plus", ce alors qu'en fait la présence policière par habitant y dépasse déjà "le triple de la moyenne nationale" (d'après une enquête du ministère de la ville portant sur 200 des 490 communes comprenant un ou plusieurs quartiers classés Zones Urbaines Sensibles par le décret du 26 décembre 1996).


2000 - Elisabeth Guigou propose de rendre obligatoire l'enregistrement sur bande des interrogatoires menés en garde à vue, et leur mise à disposition de la justice. Elle finit par y renoncer devant l'opposition unanime des syndicats policiers dont le porte parole argant qu'il "ne faut pas confondre coupables et victimes" (lapsus révélateur dans la mesure où les personnes interrogées sont en général présumées innocentes) signale que "certaines méthodes d'interrogatoires issues d'une connaissance de la psychologie des suspects pourraient s'avérer choquantes pour un public non-averti (...) bien au contraire elles permettent d'obtenir des résultats sans recourrir à une contrainte physique bien entendu intolérable" (en d'autres termes, la torture est légitime si elle n'est que "psychologique".
C'est pour finir sans qu'y soit incluse cette disposition qu'est votée à l'unanimité la Loi sur la Présomption d'Innocence (que la droite aura ensuite le toupet de reprocher aux socialistes). Celle-ci aurait pu être une grande avancée de la justice, mettant fin à nombre de détentions arbitraires (la France détenant le triste record en Europe de la durée moyenne d'incarcération préventive) si elle ne tombait en pleine grogne de magistrats déjà surchargés. N'ayant guère le temps de traiter correctement les demandes de mise en liberté, les juges d'application des peines dans le doute libèrent massivement y compris de dangereux criminels récidivistes (ce qui de toutes manières était difficilement évitable compte-tenu de la surpopulation des prisons).
Publication du rapport sénatorial "Prisons : une humiliation pour la République" ( http://www.senat.fr/rap/l99-449/l99-4490.html
). Il décrit une situation catastrophique, en particulier dans les maisons d'arret surpeuplées où prévenus et condamnés dangereux cohabitent. L'image qui ressort du chapitre sur la population carcérale est celle de prisons-poubelles où la société cache tous ceux qu'elle ne se donne pas les moyens de soigner : malades mentaux, toxicomanes et analphabètes condamnés à l'extrème pauvreté. Les perspectives de réinsertion sont minces, d'autant que ceux qui font des efforts en ce sens sont rarement récompensés par un aménagement de peine (l'essentiel de ceux ci provenant de mesures collectives prises avant-tout pour éviter la surpopulation des établissements de peine - tandis que les maisons d'arret sont elles chroniquement surchargées).


2001 - Quatre personnes dont deux policiers meurent à Narbonne, victimes d'une embuscade préméditée avec un faux appel à Police Secours. On parle d'une nouvelle forme de délinquance de nature "terroriste" (c'est le mot de Daniel Vaillant). De fait se développe en banlieue un discours assimilant la "résistance aux forces de police" à l'Intifida palestinienne. Au delà des questions ethnico-politiques, et du ridicule de la comparaison, ne faut-il pas voir dans cette identification leur sentiment d'être eux aussi prisonniers autant qu'acteurs d'un "engrenage de la violence" formule tant de fois employée par les médias pour parler du conflit israélo-palestinien ?
Création de 1000 nouveaux postes de gardiens de la paix affectés en priorité aux 27 départements sensibles.
Promulgation de la Loi sur la Sécurité Quotidienne de Daniel Vaillant, dont l'essentiel ne sera que peu audible, le débat sur les Rave Parties suite à l'amendement Mariani occultant le reste pour le grand public. C'est un vaste fourre-tout, allant d'une réglementation nouvelle sur la vente d'armes à des dispositions sur l'élevage de chiens, en passant par la lutte contre le terrorisme et les missions des gardiens du jardin du Luxembourg (je n'invente rien). Au niveau de la délinquance urbaine, tout en réaffirmant les éternelles priorités, elle augmente la pression politique locale sur la police et la justice, à travers l'implication des maires (informés désormais obligatoirement par les procureurs des crimes et délits ayant eu lieu sur leur commune, et qui peuvent se constituer partie civile pour toute infraction commise sur la voie publique).
La loi est retoquée dans le sens de d'avantage de fermeté après le 11 Septembre (par exemple avec un nouveau revirement sur la question très symbolique de la confiscation de la sono pour les organisateurs de free parties, dont le rapport avec le terrorisme -comme avec l'insécurité en général- demeure encore à démontrer ). Parmi les nombreuses mesures qu'elle institue, les suivantes font l'objet d'une condamnation par la Ligue des Droits de l'Homme et/ou d'autres associations de défense des libertés : *la fouille des véhicules peut s'effectuer sur simple réquisition écrite du Procureur de la République et ce, même en l'absence du propriétaire. * Les fouilles et perquisitions à domicile sont désormais possibles sans qu'aucune procédure judiciaire ne soit lancée à l'encontre des personnes et peuvent s'effectuer sans leur accord. Des pièces peuvent être saisies, et bien-sûr on peut poursuivre quelqu'un pour d'autres raisons que celles qui ont occasionné la fouille. * Elargissement des prérogatives des vigiles et des transporteurs privés qui peuvent désormais procéder à des fouilles sur simple accréditation administrative. * Prolongation de la conservation des bases de donnée numérique : les opérateurs en télécommunication doivent remettre à l'autorité judiciaire tous les renseignements sur les utilisateurs de leurs services (Internet ou téléphone). * Dispositions contre la cryptographie , le justice peut désormais décrypter tout mail codé, celui qui crypte ses messages est obligé de remettre à l'Etat les clefs permettant de déchiffrer ses messages sous peine de 2 ans d'emprisonnement et d'amende. * Criminalisation des rassemblements de personnes : les groupes de plus de 5 personnes réunis dans un espace public peuvent désormais être dissipés au nom de la loi. * Emprisonnement des fraudeurs récidivistes des transports en commun : une personne reconnue coupable d'avoir fraudé à 10 reprises en un an est désormais passible de 6 mois d'emprisonnement * Obligation d'autorisation préfectorale pour les rassemblements à caractère musicaux de plus de 250 personnes même gratuits et avec accord du propriétaire du terrain concerné.
Ces oppositions de gauche conduisent le gouvernement à dramatiser les problèmes pour se justifier, ce qui expliquera en grande partie sa difficulté à répondre aux exagérations de la droite et des médias lors de la campagne présidentielle 2002.
Le ton de celle ci est donnée lors de l'allocution présidentielle du 14 juillet 2001, où Jacques Chirac surprend la plupart des commentateurs politiques en parlant de "bandes mafieuses" et en préconisant "l'impunité zéro". L'analyse qui en est donné alors par "le Monde" est que c'est pour lui "Une allocution de la dernière chance" : "ne trouvant rien à défendre dans son bilan économique de 1995-97 et pas grand chose d'attaquable dans celui de Lionel Jospin, il choisit de se situer sur un terrain où la droite dispose d'un avantage idéologique certain (...) bien que les réponses concrètes à la plupart des questions relatives à la sécurité soient de nature plutôt consensuelle dans notre classe politique (...) même la gauche craint d'avantage de passer pour laxiste que pour sécuritaire" (de fait les programmes des candidats Chirac et Jospin très similaires sur les questions de sécurité qui deviendront centrales dans la campagne, contribueront pour beaucoup à estomper les différences entre la gauche et la droite - le seul candidat de la gauche plurielle à progresser sera d'ailleurs Noel Mamère, qui marque nettement sur le sujet sa différence).


2002 - Publication de chiffres de la délinquance jugés alarmants pour l'année précédente (bien qu'ils traduisent en fait une augmentation surtout des vols et autres délits mineurs, tandis que la criminalité violente reste stable - sauf les "vols avec violence" résultant d'une modification dans le classement statistique : l'essentiel est constitué de vols à l'arraché, de portables notemment, qui selon les années sont plus ou moins souvent assimilés à des vols tout court).
Profitant de la campagne électorale qui approche, les policiers réclament plus de moyens, et obtiennent après quelques manifestations une rallonge de 400 millions de francs, en plus des 2 milliards d'augmentation déjà budgetisée pour ce poste. Sur ces sommes 1,1 milliard va à la revalorisation de leurs métiers (salaires et primes). Ils sont bientôt imités par les gendarmes, qui obtiennent de même la satisfaction de leurs revendications et une somme comparable.
Campagne médiatique et présidentielle axée sur les questions de sécurité (est-il nécessaire d'y revenir ?).
Plusieurs actes de "délinquance terroriste" en banlieue (dont une attaque de commissariat à l'arme lourde, des explosions intentionnelles de bombonnes de gaz, et comme toujours de nombreux incendies de voitures).
Election de Jacques Chirac.

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Si on adhère au constat d'une politique de sécurité aux grandes orientations constantes depuis 1977 (la "répression ciblée" visant certaines populations de certains quartiers, en concentrant toujours plus de forces de police dans les communes où elles se trouvent -la seule divergence étant : "à l'intérieur ou autour des quartiers sensibles ?") ; tandis que peu de moyens sont alloués à la prévention et la justice et encore moins à la réinsertion) il est permis de se demander pourquoi cette politique, qui manifestement n'a des effets que contre-productifs, loin d'être remise en cause, est poursuivie avec toujours plus de moyens de gouvernement en gouvernement. La raison tient tout simplement aux mécanismes d'une escalade de la violence, tels qu'on les constate dans nombre de situations à l'international (guerillas, guerres civiles, terrorisme) : d'une part chaque intensification de la politique répressive entraine une augmentation de la violence de ceux qui se considèrent opprimés, qui elle même justifie une nouvelle intensification de la répression ; d'autre part miser sur un désengagement total et unilatéral serait angéliste car les populations ont une mémoire, relacher d'un coup une pression longtemps maintenue a plus de chance de produire une explosion qu'une amélioration. On entre ainsi dans une logique de "guerre permanente", telle que l'on peut qualifier la politique de certains états vis à vis de certaines minorités, la clé du problème n'étant plus dès lors dans l'augmentation ou la diminution des moyens alloués à la répression, mais dans la satisfaction des autres revendications de celles ci, en général portées par les "branches politiques" de mouvements plus violents, alliée à un plus grand respect des droits-de-l'homme (la suite ne réclamant que patience, le temps que les partisans de la violence deviennent largement minoritaires, et soient pour finir contenus par leurs propres frères en revendication).
Mais bien entendu c'est là où le problème se corse : à la différence d'un mouvement insurrectionnel organisé et portant des revendications précises, la jeunesse des banlieues ne se structure pas politiquement, pas plus qu'elle ne se reconnait dans les mouvements créés de l'extérieur dans ce but (SOS Racisme, Stop la violence ! etc...), ou adhère massivement à ceux plus authentiquement issus d'elle (le M.I.B par exemple) qui n'ont guère beaucoup de moyens et dont les revendications demeurent vagues en dehors de celle de sanctions plus fermes envers les auteurs de bavures (qui ne peut être satisfaite que par les juges, la législation leur donnant déjà les moyens de les prononcer) .

Est-on dès lors condamnés à attendre que cette politisation progresse, ou sinon comment évitera-t-on que l'on passe de la logique de l'engrenage à celle de la guerre permanente ?
 

-------------------------------- fin de l'article ---------------------------------------


Toujours autant d'actualité, n'est-il pas ? Une "rupture" dans les politiques menées en la matière ? C'est une pure invention. Les gouvernements successifs n'ont fait qu'aller toujours plus loin dans le même sens depuis 30 ans.
Mais pour condamner leurs politiques respectives, droite et gauche se doivent de s'inventer des différences même où il n'y en a pas (ou d'insister sur les micro divergences comme police de proximité ou pas).
Ce qui est atterrant c'est que la presse "neutre" style Marianne, comme l'essentiel de la blogosphère, emboîtent le pas des politiques sur le sujet. Que ce soit pour condamner les mesures récentes ou les louer, donner dans le culte de Sarkozy ou sa critique, on continue à développer le mythe d'une gauche de gouvernement qui aurait mené une politique différente, ce qui contribue à celui d'une "nécessité" de changer des lois (qui n'ont cessé d'être durcies en 30 ans et que de toutes manières on ne donne pas à la justice les moyens d'appliquer... ce qui certainement est tant mieux vu l'état des prisons et des structures de réinsertion).
par Toine publié dans : Réflexions, politique & actualité
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