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Un blog susceptible de parler de tout et de rien, comme son nom l'indique.
Sur Canal + ces temps ci ils
(re)diffusent La Chute, d'Oliver Hirshbiegel, film qui retrace les derniers jours de Hitler (très bien interprété par Bruno Ganz), et l'un des deux seuls
films anti-nazis efficaces que je connaisse.
Enfin je veux dire il y a des tonnes de films sur la période, dénonçant le nazisme, certains plus historiques, certains mieux réalisés, d'autres moins bien, certains passionnants, certains
chiantissimes -mais-faut-pas -le dire-car-ils-font -durant-neuf-heures oeuvre-de-salubrité -publique, etc... Mais si j'avais parmi mes relations quelqu'un que je jugerais susceptible de
soutenir un jour un parti nazi, il n'y en a que deux que je l'amenerais voir pour lui passer cette idée de la tête : Le Roi des Aulnes, et La Chute, bien
entendu.
Parce que bon, s'il y a certainement du mérite à précher des convertis, comme le font tous les films qui dénoncent les crimes du nazisme envers d'autres peuples, le peuple juif en général
; quelqu'un qui menacerait vraiment de devenir nazi, un hyper-nationaliste viscéralement anti-sémite donc, je pense que ces crimes là ça lui ferait une belle jambe. La
Chute, par contre a le mérite de montrer avant tout le crime des nazis envers leur propre peuple, et que tous les autres débouchent sur celui là.
L'un des moments les plus forts du film est pour moi une banale (dans le contexte) scène d'exécution sommaire, qu'on a l'impression d'avoir vue cent fois, où un soldat nazi tire une
balle de sang froid sur un vieil homme, après qu'un des protagonistes ait tenté de le convaincre de ne pas le faire et qu'il ait répondu "qui m'en empèchera ?". Simplement, les 99 autres
fois auxquelles on ne peut s'empécher de penser, où on a vu la scène dans d'autres oeuvres, le vieillard était un juif, ou peut être un tzigane ou autre polonais, quelqu'un qu'un
nazi considérerait comme un ennemi légitime... Mais là il s'agit d'un allemand, bon aryen, potentiel ex-électeur de Hitler, qui n'a eu que le tort d'être au mauvais endroit au mauvais
moment, et celui qui cherche à empécher le crime n'est pas un résistant mais un colonel SS, nazi par nationalisme revenu sur le tard à la lucidité. Derrière cette scène et toutes
celles qu'elle évoque se cache à mon avis le message du film. Si les crimes du nazisme triomphant sont hors-cadre dans La Chute, ils n'en sont pas moins là, ils sont la
cause quand le film d'Hirshbiegel montre ses conséquences, les crimes des nazis vaincus sur leur propre peuple et le mépris absolu avec lequel ils le considèrent. Le soldat,
totalement déshumanisé par sa participation aux méfaits de "l'age d'or" du nazisme, en est à un tel stade de perte de repères que dans sa chute il ne trouve rien de mieux
que d'appliquer les recettes de la shoah par balles à son propre peuple allemand.
La critique, particulièrement française, a étrillé le film en l'accusant de ne pas parler assez de la solution finale et d'humaniser trop les nazis. Comme si ça aurait apporté quelque chose
de produire une énième redite montrant des créatures démoniaques martyrisant des innocents. C'est au contraire un des grands mérites de La Chute de ne pas
s'écarter de son sujet, les derniers jours du régime hitlérien, et de sa manière de le traiter, de l'intérieur du bunker. Et oui, Hitler apparait, et il ne peut qu'apparaître humain,
fabuleusement interprété par Bruno Ganz, mais c'est ce qui le rend terrifiant, et tout sauf sympathique.
La Chute montre dans l'extrème justement jusqu'où peut conduire la foi aveugle placée en un homme. Son entourage, les généraux nazis qui n'osent ramener
Hitler à la réalité quand il s'accroche à des chimères de contre-attaques allemandes, le petit personnel du bunker qui veut y croire, les proches qui se tueront avec lui, d'autres
qui regrettent d'avoir tué pour lui mais continueront jusqu'au bout, tous sont presque touchants dans leur aveuglement volontaire. Le film, à travers Hitler et les réactions de son
entourage, parle moins du nazisme en particulier que de la personnification d'un pouvoir absolu en général. Qu'Hitler soit "humain" c'est quelque part, justement ce qui cloche
pour les nazis, s'il avait pu être l'être élu pour guider le peuple aryen, le demi-dieu dont rêvait ses partisans, ou même un démon efficace, leur chute serait moins pathétique. Ici, dans le
bunker, le dernier cercle s'accroche à un pauvre type, aussi bête que méchant, plus banalement con que vraiment fou, dans son refus très humain de reconnaître sa défaite, son
nombrilisme qui ne l'est pas moins, et sa propension à s'accrocher aux plus improbables espoirs de revanche.
C'est peut être finalement ce qui a choqué le plus. Le coté universel que le film procure aux derniers jours du nazisme, en omettant de le traiter comme un mal si absolu qu'il serait
particulier. En regardant "La Chute" de Hitler, on ne peut s'empécher de penser que celle des khmers rouges, ou du régime génocidaire rwandais, auraient pu donner lieu à des scénarios très
similaires. Ce film parle des conséquences dernières d'une idéologie criminelle, et ne traite pas le nazisme autrement que comme l'une d'entre elles, la pire éventuellement, mais ce
n'est pas ce que le réalisateur s'acharne à démontrer.
Le vrai sujet, c'est l'aveuglement volontaire, l'abandon de tout sens moral et de tout libre arbitre au profit d'une personne ou d'une idée. Ce film ne cesse de montrer des
"victimes" (entre guillemets car consentantes, souvent complices) de cet aveuglement, allant jusqu'à détruire ce qu'elles aimaient plus que tout et qui expliquait à l'origine leur
choix. Il montre comment des patriotes en arrivent à massacrer leur peuple, des nationalistes à détruire leur propre nation. Et c'est ce qui, comme je le disais au
début, fait de ce film un des meilleurs remèdes que l'on puisse trouver, celui qu'il faudrait montrer à tout patriote qui menacerait de devenir nationaliste, tout
nationaliste de devenir fasciste ou nazi, ou plus généralement tout homme qui pour l'amour de quelque chose serait prèt à offrir son âme à une idéologie ou à quelqu'un.