Lundi 1 octobre 2007
publié dans :
Microcoast - World of Quest (roman)
II
DE LA MORT ET DU COMMERCE
Mourir, ce n'est pas si terrible. Les éternels mécontents disent même que c'est l'un des moments les moins fades de notre existence ici. Faut
dire les concepteurs n'ont pas lésiné sur les effets.
D'abord, une bonne douleur bien vivace, le genre qui fait se sentir exister. Flashback : Je revois mes dernières minutes, des lueurs sur la
colline au dernier coup de marteau du troll. Nouvel éclair de douleur... Et puis, ça se dissipe. Je deviens tout léger, je suis arraché à mon corps, je le vois là bas, en bas, en train
de se faire piétiner par la brute...
Je fais un effort pour regarder alentours. J’aimerais bien comprendre ce qui s’est passé exactement, ce qui a pu arriver à Mozzer. J’entraperçois
un instant plusieurs formes encapuchonnées au bas du vallon sans avoir le temps de voir s’il s’agit d’hommes ou d’autre choses.
Je m'élève très vite, à travers le ciel étoilé qui s'ouvre sur une porte dorée. Je suis aspiré par la lumière, gagné par une agréable euphorie.
Il y en a qui aiment tant ce moment qu'ils passent leur vie à mourir, si l'on peut dire. Légèreté infinie, sourire intérieur, rien à faire qu'à se laisser porter dans le long couloir
éthéré.
Je ne suis pas seul, d'autres "âmes" le suivent, je distingue leurs spectres qui filent à coté de moi. Je n'ai jamais su si c'était ceux d'autres
personnes mortes au même moment, ou s'il s'agit juste d'un effet d'ambiance, mais en tout cas c'est très réussi. Tout comme le sentiment d'intemporalité : je ne saurais pas dire si ça fait 10
secondes, deux minutes ou une heure que j'avance. Je suis comme une feuille portée par le vent.
C'est déjà fini, j'ai passé la porte d'or, je ne suis plus qu'une main énorme faisant face à la muraille ornée de lettres qui termine mon
horizon.
RESURRECTION, REINCARNATION, INTERFACE ?
Ma main se dirige sans hésiter vers la première option. La réincarnation est beaucoup moins chère, gratuite même si je reprenais un humain, mais
je n'ai pas passé dix sept niveaux avec Wird, et atteint le grade envié de commandeur, pour repartir de zéro à la moindre mort inopinée. Quant à aller faire un tour sur l'Interface, je n'ai pas
que ça à faire. Un corps à récupérer ça n'attend pas.
Ma main traverse le mot résurrection, et les lettres se transforment
RESURRECTION SIMPLE (5100 PO), RESURRECTION AVEC MATERIEL (20400PO), RESURRECTION EN PLACE (40800PO), VOIR COMPTE, RETOUR ?
(COURS DU JOUR 1PO = 0,445 E$)
C'est vraiment pas donné. Je maudis le cadre de MC qui a eu l'idée de rendre le coût des rezs proportionnel au niveau. Je vais devoir revenir au
monde tout nu, sinon je finirai par ne pas avoir de quoi payer la prochaine.
CONFIRMEZ RESURRECTION SIMPLE ?
Hop, confirmé, et hop 5100 PO qui disparaissent de mon coffre et partent en fumée (à moins que ce soient deux mille deux cent soixante neuf
eurodollars et cinquante cents qui, sous forme d'impulsions électriques, quittent une puce dont je ne connais même pas exactement l'emplacement pour aller rejoindre les milliards accumulés sur
une autre. Je l'imagine poussant un petit "bip" de satisfaction ; enfin, quoiqu'il en soit, ça revient sensiblement au même).
MICROCOAST THANKS YOU FOR PLAYING.
Ils se foutent de ma gueule en plus. Mais ils me balancent une bonne dose d'euphorisants pour accompagner ma descente. De quoi faire passer la
pilule.
Je suis de nouveau un spectre infiniment léger aspiré par le vent. Je vois ma planète, mon continent, je plane un moment au niveau des nuages,
puis je plonge vers mon royaume, les murs blancs de la cité de Galadan, la château central, ma chambre dans l'une des tours...
Et me voilà en caleçon, allongé sur mon lit, dans mon bon vieux corps de Wird, en pleine forme.
J'ai stocké dans mon armoire un peu de matériel au cas où : une tunique et des chausses de cuir, ma vieille épée d'avant Nimgard et un arc de
noyer blanc. Je soupèse la lame pensivement. Elle ne vaut clairement pas celle que j'avais tout à l'heure (aah Nimgard..., vorpale, +25 aux dommages, force accrue, agilité accrue, la vie est plus
facile depuis que je suis avec elle), mais elle n'est pas mal non plus (épée d'acier enchantée, +7, lame danseuse de défense). Son pouvoir est pratique : si je la lâche elle est capable durant
quelques minutes de se battre toute seule, parant les coups qui me visent. L'idéal pour occuper un adversaire tandis que je récupèrerai mon corps, j'ai bien fait de la garder. J'avais hésité à la
vendre quand j'ai acheté Nimgard, mais j'avais choisi en définitive de sacrifier mes dernières actions. Vu le cours de la pièce d'or une bonne épée de rechange s'avère un meilleur investissement
que le cent-milliardième d'Aquablue Sarcs que je détenais encore, même si c'était un bon placement (troisième fabriquant mondial de hardware, et le meilleur en terme de qualité
; d'ailleurs, encore maintenant, je baigne dans un sarc ABS 301B).
Je revêt rapidement ma tenue de cuir, et ramasse les deux armes. Je prends aussi une bourse d'or dans mon coffre, il va falloir que je m'achète
des flèches et des vivres. La traversée de la plaine de Galadan va me prendre deux jours au moins, sûrement plus car je n'ai plus mes bottes de rapidité ; et ensuite il va encore me falloir
passer le gué de Benargan, et encore marcher deux jours en longeant le lac, pour enfin atteindre la forêt du Benarganthil où repose mon corps (enfin, mon autre corps, le cadavre sur lequel
je peux récupérer mes objets).
Je me demande si les autres y sont toujours. J'espère qu'ils ne sont pas en train d'arpenter à leur tour les couloirs de la mort temporaire. Je
passerai voir à la chapelle de Timbletruc avant de partir. C'est là que Galadorm devrait réapparaître s'il n'a pas survécu.
Je sors de ma chambre et descend au bas de la tour, dans la cour du châtelet intérieur. C'est maintenant le matin. Des gardes s'entraînent au son
du luth d'un menestrel habillé en arlequin. Une espèce de fou du village est là aussi, qui danse comme un taré. Tous me saluent respectueusement (sauf le fou qui continue à danser, et se fait
houspiller par les gardes). La scène est comme on dit "un pur moment d'animatronics" (tous ces PNJs de la première génération ne savent pas faire grand chose à part saluer respectueusement les
champions qu'ils voient passer, jouer de petites scènes pré-programmées comme celle-ci, et dire quelques banalités si on leur parle). Mais c'est plaisant.
L'ambiance change quand je quitte le châtelet et m'engage dans les artères bondées des rues commerçantes. Je me retrouve rapidement entouré par
une nuée de mendiants, non seulement les Bots en haillons qui sont là pour m'offrir une occasion de monter mon karma (mais ce n'est pas le jour, je n'ai rien à leur donner), mais aussi tout ce
que la ville compte de noobs pathétiques, attirés comme des mouches par mon niveau 17 et mon rang de commandeur.
"Dis tu n'aurais pas une mission pour moi ? Comment on fait pour devenir champion de Galadan ? J'ai absolument besoin de 25 pièces d'or, tu ne
pourrais pas me les prêter ? Excuse moi, tu sais pas où je pourrais trouver du bon matos pas cher ? J'ai un problème, je me suis noyé dans les égouts et je retrouve pas mon corps... C'est où le
bon coin pour chasser quand on est niveau 3 ?". Ils sont une demi-douzaine à m'assommer de question et de requêtes diverses, sans même s'embarrasser de l’ombre d’un jeu de rôle. "Place manants,
ou j'appelle la garde !". Je les écarte un bon coup, je ne suis pas d'humeur. Il faut leur apprendre la vie à ces grands débutants. C'est à se demander comment ils arrivaient à se débrouiller
dans l'autre monde. Ils courraient après les stars de la télé pour leur demander où ils devaient chier ?
Il y a des moments où je regrette de ne pas pouvoir les frapper. Le jeune barde qui veut 25 pièces d'or s'accroche à moi comme un presque noyé à
sa bouée, et l'apprenti magicien qui a trouvé le moyen de se noyer dans les égouts et veut de l’aide pour récupérer son corps ne me lâche pas non plus. Si j'avais pris un forfait PK ça
ferait un moment que je leur aurais fait passer l'envie de me suivre...
J'accélère le pas, et je profite de l'attroupement créé par un spectacle de clowns cracheurs de feu devant la Taverne Mac Donald's pour les
semer. Je m'engouffre dans une ruelle, entre la taverne au toît surmonté d'un grand M lumineux et les ridicules tourelles roses de l'Armurerie Wilkinson.
Je n'aime pas ce qu'ils ont fait de nos villes.
Je me rappelle comment c'était au début de ce monde. Quand les commerces étaient simplement annoncés par un discret panneau "Bottes
chez Nimblerock" ou "Thaîne, Armes et Armures" ; quand l'enseigne d'une taverne annonçait sobrement "La licorne bleue" ou "Au cochon volant", et qu'il
fallait franchir les portes opaques pour découvrir s'il s'agissait d'un bouge sordide ou d'une bonne auberge. C'était encore presque partout comme ça quand j'ai débuté à Galadan. Les guildes
venaient juste de prendre le relais des PNJs originels. Je me suis moi-même fait quelques pièces en tenant l'armurerie des Champions de Galadan, du temps où j'étais aspirant.
Et puis, avec la pièce d'or cotée en eurodollars, c'est une nouvelle race de joueurs qui est arrivée. De plus en plus de gens prenaient l'un des
forfaits "Trade & Craftmanship", permettant d'arriver en jeu avec un emplacement de boutique en concession pour 10 ans, un stock d'objets à vendre, et deux ou trois serviteurs Bots avec une
compétence artisanale au niveau professionnel. Ils n'avaient rien à faire que rester en ville à fabriquer des objets et à les vendre pour engranger leur or. Il fallait bien qu'ils s'occupent. Ils
se mirent aussi à le dépenser, et pour faire la seule chose que leurs personnages pouvaient faire, en gagner toujours plus. C'est à cette époque qu'ils commencèrent à faire appel à des magiciens
pour illuminer leurs enseignes ou transformer la façade de pierre de leur austère boutique en vitrine de cristal. Ils se mirent aussi à achetter toujours plus de concessions, payant souvent en
eurodollars tout droit venus d'une banque de l'autre monde. Le tout pour raser et reconstruire, en toujours plus gros.
MicroCoast, propriétaire des concessions virtuelles qui s'échangeaient dans les monnaies des deux
mondes, engrangeait sa part au passage évidemment. Autant dire que toutes les excentricités architecturales furent tolérées pour qui y mettait le prix. Taverne pyramidale avec salles à
thèmes sur 5 niveaux (dont un "western" avec des serveurs Bots habillés en indiens !), magasin d'armes et armures installé dans un mini chateau rose bonbon, librairie pour magiciens au toît orné
de gemmes projettant des rayons de lumières vers le ciel (la nuit elle évoquait irrésistiblement une discothèque comme il y en avait encore du temps de mon enfance)... Le mauvais goût des
marchands ne nous avait rien épargné, transformant les rues de notre fière cité en un improbable croisement entre Lankhmar, Las Vegas et un parc Disney.
Le Quest Trade & Sponsoring Act était venu parachever cette dégénérescence. Pour une fois MicroCoast s'était pourtant
montrée exemplaire. La compagnie avait tout fait pour retarder l'arrivée des "Pulsa Cola Alimentation", "Puma Sports & Adventure", et autres "Matronix Tout le Matériel A Prix
Sacrifiés". Mais le législateur en avait décidé autrement. Considérant le monde de Quest comme un moyen de soustraire un nombre conséquent de consommateurs à l'univers ordinaire, marchand et
concurrentiel pour les livrer au seul monopole de MicroCoast, il intima l'ordre à la compagnie californienne, condamnable de par la loi antitrust, de céder définitivement 49% de ses concessions à
d'autres investisseurs, tout en l'obligeant à tolérer la mention d'autres marques "réelles" au sein de son univers(je met des guillemets à "réelles", car de nos jours, la réalité, vous savez...).
Bien entendu elles s'en étaient données à coeur joie, créant des chaînes de magasins encore plus criards que les précédents, et d'horribles grandes surfaces s'étendant parfois sur l'espace de 10
concessions voisines. Certaines obtinrent même la création d'objets personnalisés, singeant certains de leurs "vrais" produits. Ainsi trouve-t-on toute leur gamme de sodas dans les tavernes
Pulsa Cola, et dans les magic shops Channel One des boules de cristal retransmettant leurs émissions. Quant à la taverne Mac Donald's, je vous laisse deviner ce qu'on y
mange.
La RolePlayer Association avait bien entendu protesté avec véhémence, mais elle n'était parvenue au final qu'à avoir son
mot à dire sur la cohérence des cités non-humaines, ses avocats arrivant tout juste à faire valoir le droit à "découvrir l'ambiance originale et authentique d'une cité elfique ou naine" mentionné
en toutes lettres dans les descriptions des forfaits "Elvenfolk", "Dwarves & littlefolk" et "All Racial Options" (ce qui eut entre autres effets celui de rendre encore plus hors de prix ces
forfaits de luxe).
Car tout se paye. Bien entendu vous trouverez des publicités vous promettant un accès gratuit au monde de Quest. Mais si vous voulez
jouer autre chose qu'un paysan impotent, impuissant et agnosique, vous devez au minimum prendre un contrat à 150 E$ le mois. Et ne rêvez pas à ce prix de pouvoir jouer autre chose qu'un
humain, d'avoir accès à d'autres pays que votre région natale, d'avoir un organe sexuel qui fonctionne ou même assez de goût pour différencier de la chair de troll d'un gâteau à la crème. Dans le
Monde de Quest on apprend vite à faire des choix.
Au moment où j'ai créé Wird, j'aurais bien pris un nain. Ils cartonnent en endurance et résistance à la magie, et puis surtout j'ai toujours
adoré les nains. Ca date de mon enfance, quand ma mère me lisait Bilbo le Hobbit.
Mais j'ai fini par préférer l'option "Real InGame XXX Sex". Compte tenu de mon budget, le choix c'était entre un humain sexué et un nain
eunuque.
D’ailleurs, en passant devant, je ne résiste pas à l’envie d’aller tirer un coup au bar Manhattan. J’aime bien cet endroit, à part le nom, il
fait partie d’une chaîne évidemment, avant c’était La Chope de Roderrick Le Nain, et il n’y avait pas ces larges banquettes en sky ni ces lumières tamisées.
Il y avait par contre déjà autant de femmes nues ou presque et d’hommes en train de les travailler. Cette ambiance de mielleuse permissivité, où
tous les gestes sont permis et les corps offerts… Finalement ça va bien avec le nouveau design du bar. Après avoir commandé une liqueur je me choisis une petite blonde affalée sur un coin de
banquette, qu’un homme vient de quitter. Je l’arrête de la main tandis qu’elle relève sa culotte de soie qu’elle avait sur ses pieds. « Viens là donzelle », dis-je, me sentant un peu
ridicule de me sentir obligé de suivre mon rôle de chevalier, dans ce bar au look XXème siècle et avec cette junkie du sexe. Pour elle le geste aurait suffi. Elle ne dit rien d’ailleurs, me fait
juste signe de la tête de venir, ses yeux me disent que je ne me suis pas trompé sur la marchandise.
Je suis toujours aussi impressionné par le rendu du toucher. La fameuse simulation à l’échelle moléculaire que vante Microcoast, ce n’est pas
rien. Le plus infime mouvement de mes doigts, la moindre nuance de pression, tout est parfaitement restitué. Les impulsions électriques et stimuli chimiques sont dosés à la perfection, je sens la
moiteur de sa peau, le poids de ses seins quand je les fais rouler entre mes mains, le goût de la liqueur que je verse et lape sur son corps qui s’altère mêlé à ses
secrétions.
« Comme ça », c’est tout ce qu’elle finit par me dire, me faisant signe qu’elle veut s’asseoir sur moi. Je me dis parfois qu’ils ont
mal réglé les femmes. Ou qu’elles se sont mal réglées d’elles mêmes puisque ce genre de choses sont en option. Le rendu du toucher est parfait, totalement réaliste, mais ici il est
agréable, forcement très agréable pour la plupart d’entre elles il semblerait. La moindre caresse leur fait en demander plus, et au bout ils leur ont fait un cadeau empoisonné : un
orgasme parfait, ou sa reconstitution électro-chimique, peut être, qui serait beaucoup plus addictive que le naturel, je ne sais pas trop. En tout cas, elles sont beaucoup, comme ma petite
blonde, à ne plus être que… ça. Son profil la résume bien : à Galadan depuis 10 ans, une seule mort, druidesse niveau 2. Elle a dû arriver sans savoir, une fois en tout et pour tour sortir
de la ville, voir la forêt, faire son initiation au culte des arbres. Puis elle a connu un homme, peut-être même que le premier elle a cru que c’était parce que c’était lui qu’elle ressentait ça,
il y en a qui tombent folles amoureuses avant qu’elles réalisent que c’est de leurs sensations. Ou peut-être elle connaissait déjà de réputation le pouvoir sexuel de Quest mais ne voulait pas y
croire, ou se croyait au dessus de cela, mais ensuite elle n’a plus été qu’un corps qui demande à renouveler l’expérience. Peut être que dans sa vie terrestre elle n’avait jamais connu ça… Elle a
dû vite retourner en ville, s’installer dans ce bar et ne plus bouger d’ici. Et là je la baise, quelques minutes après un autre, quelques minutes avant le suivant, et elle est en extase, et elle
le sera encore à chaque fois. Elle n’a pas la moindre réticence, la moindre appréhension au contact, c’est ça finalement qui leur manque ici. Pour ça que je préfère draguer en elfique des
aventurières qui désactivent ces sensations pour avoir une vie, au moins quand elles les rebranchent, c’est plus valorisant qu’être l’antépénultième piston à remplir un trou en quête d’un plaisir
infiniment renouvelable. Mais ça c’est bon aussi, la blonde a un petit corps vraiment parfait et bouge bien. D’ailleurs ça n’a pas l’air d’être indifférent au gars de la table d’à coté, un
grand échalas portant un surcot de cuir, sans doute un membre de la guilde des voleurs, qui nous regarde d’un œil lubrique, un bandeau recouvrant l’autre. Le pantalon baissé, nous montrant une
nette envie de la sodomiser, il finit par se présenter par derrière. J’ai envie d’interrompre ma besogne et de me faire une petite crise de roleplay, lui faire comprendre qu’un commandeur des
champions ne partage pas sa donzelle avec un voleur, mais elle gigote trop bien, je continue. D’un signe de la main tandis qu’il saisit ses fesses elle lui fait comprendre qu’elle n’est pas
intéressée et restreint l’accès. Elle m’est plus sympathique, me paraît plus humaine d’un coup. Il lui reste quelque chose, une réticence et une petite étincelle de volonté de dire non.
Aussi, j’ai très envie de son cul, maintenant. Le voleur, lui, est obligé de remballer sa queue, il lui faudrait une accréditation PvP de très haut niveau pour forcer le passage.
Finalement, je termine comme on était, l’autre face restera inexplorée pour cette fois, ça me fera une motivation si on se recroise. Notre
sensation est pas mal aussi, bien euphorisante, mais rien qui me donnerait envie de passer ma vie dans un lieu comme le Manhattan. Pour nous les hommes ce qui change c’est surtout nos
performances, j’aurais pu tenir des heures si j’avais voulu faire durer le plaisir, et me sentir comme maintenant, plus ragaillardi que fatigué et prêt si je le voulais à recommencer. A
nous aussi les concepteurs ont fait un cadeau qui désinhibe, aux femmes la garantie du plaisir, à nous celle de l’absence de panne. Ca a sûrement fait beaucoup pour le succès de Quest,
d’ailleurs même la RPA, qui milite toujours pour plus de réalisme, n’a jamais osé se plaindre de l’épidémie de nymphomanie ; que les adhérents de la RolePlayer Association soient des
hommes ou des femmes, ils y trouvent leur compte sans doute. Puis l’un des buts de la RPA est que les gens s’immergent le plus possible dans l’univers de Fannerondh plutôt que de traîner sur
l’Interface, ce qu’ils feraient sans doute s’ils ne pouvaient trouver du plaisir que dans les salons spécialisés.
Evidemment, comme tout le reste, la sexualité dépend beaucoup des forfaits, mais la plupart des joueurs prennent le même genre d’options que
moi. Après pour ceux qui ont des goûts ou des principes particuliers, il y a d’autres possibilités, beaucoup de réglages possibles des sensations, et certains contrats qui changent complètement
les choses.
Pour les plus religieux, les masochistes ou les personnes en manque d’une vie de famille il y a l’option LFP qui transforme la sexualité
InGame en calvaire, mais permet aux femmes d’enfanter. Le programme Love For Procreation donne des résultats assez amusants d’ailleurs. L’enfant commence par être un Bot quelques années,
attendant de trouver quelqu’un pour l’habiter, il est remplacé par un nouvel inscrit tiré au sort parmi ceux ayant pris l’option LFP et atteint subitement l’age adulte. L’amusant c’est qu’une loi
ayant interdit à Microcoast de collecter des informations sur les pratiques religieuses de ses clients, les familles formées sont souvent les lieux de débats théologiques sans fin, entre
baptistes, évangélistes, catholiques du schisme pro-sarc, musulmans et simples masochistes. Finalement, les communautés religieuses implantées sur Quest ont dû organiser un
programme d’échanges d’enfants pour maintenir leur homogénéité.
A coté de ça, on trouve aussi les amateurs de rencontres réelles, mais il faut être très riche, pas trop vieux et avoir goût pour ce type
d’expérience pour avoir envie de se payer un contrat RealLifeMeeting. Vous vous mettez en situation dans Quest, et quand vous atteignez un point critique de vos préliminaires,
vous avez l’option de proposer une rencontre réelle. Si c’est accepté par votre partenaire, une entreprise se charge de vous transporter auprès de lui, ou de vous amener tous les deux dans un
centre de rencontre, selon les options. Un sarc c’est facile à transporter, vous voyagez en soute d’un avion que vous ne verrez jamais, votre esprit encore dans le monde de Quest. Et
quelques heures plus tard, vous en sortez l’un à coté de l’autre, et avez le « plaisir » de vous découvrir, dans vos corps physiques tout imparfaits et tout fripés, et d’éventuellement
arriver à vous plaire quand même. Il faut vraiment avoir des goûts particuliers pour avoir envie de s’abonner à ce genre de services. Ca coûte une fortune et c’est généralement
décevant.
Je laisse cinq pièces d’or à la druidesse en partant, et elle me remercie un peu surprise. Ces femmes se prostituent pour leur plaisir, et n’ont
pas besoin de grand chose pour vivre. On n’a pas de besoins ici si on ne veut rien devenir, pas besoin de se nourrir pour être alimentés. Les vivres ne servent qu’à entretenir nos aptitudes à la
magie et au combat, et elle ne doit pas souvent partir en aventure. Mais elle pourra toujours se payer quelques verres, profiter pour le plaisir d’un bon repas, se faire faire un piercing ou
s’acheter des porte-jarretelles. Ca lui irait bien des porte-jarretelles assortis à sa culotte de soie. Finalement j’ai vraiment bien aimé sa façon de bouger. Je me sens une petite envie de
revenir la voir, de l’amener dans un lieu plus intime un jour, avec quelques jouets et de la lingerie, et de prendre plus mon temps, et son petit cul aussi. Me retournant vers elle avant de
sortir du bar, je ne vois que les fesses du grand voleur, le pantalon de nouveau sur les genoux, qui a déjà pris ma suite. Et ma petite envie me passe.
